la tanière du hérisson

Bretagne, début du XXIe siècle. Un hérisson arpente l'existence, en musique et en souriant (quand c'est possible)... Il finira écrasé, comme les autres, mais il fait comme s'il ne le savait pas.

samedi 04 octobre

la phrase éducative du jour

"plus tôt tes enfants parlent, plus tôt ils parlent trop".
Homer Simpson

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mardi 30 septembre

les enfants sont des cons 006

Un matin, il y a quelques jours, discussion entre G, un élève bénéficiant d'un suivi de la part d'une EVS (emploi de vie scolaire), et cette dernière. Je précise que G. a d'énormes problèmes de comportement, d'attention, d'angoisses et perturbe régulièrement ma classe de GS-CP pour la 3e année consécutive :
G- Ah, ils m'énervent les Grande Section à jouer dans le coin regroupement avec leurs petites voitures ! Ils font trop de bruit, j'arrive pas à travailler ! Moi si j'étais maître, pas de petites voitures, pas de jeux, rien !!
EVS- Ah bon? Ben dis donc, tu serais un maître sévère !
G- Oui ! Et ceux qui feraient du bruit, punis !
EVS- Mais comment tu ferais avec un élève comme toi, qui a besoin de bouger et qui fait souvent du bruit?
G- Ah ben moi, si j'avais un élève comme moi, je lui mettrais des calottes !!

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lundi 29 septembre

Tu sais que tu es instit' quand...

Tu pars bosser avec une sacoche pleine à craquer et trois cabas ;

Tu connais au moins 14 Dylan et 28 Léa ;

Tu trippes sur les catalogues de fournitures scolaires ;

Tu sais ce qu'est un référentiel bondissant ;

Tu as des grosses traces de craie sur tes fringues ;

Tu fais une leçon de savoir-vivre dès qu'on te coupe la parole ;

Il t'arrive d'appeler ton conjoint ou tes enfants par le prénom d'un de tes élèves (toujours le même, d'ailleurs) ;

Tu ne parles pas de « fin juin » mais de « la semaine 9 de la période 5 » ;

Tu as une bibliothèque remplie de manuels et de guides pédagogiques ;

Tu peux disserter une heure sur les différences intrinsèques de ces mêmes manuels ;

Tu te surprends à reprendre tes amis quand ils font une faute de français dans une discussion informelle ;

Tu sais faire la différence entre programmation et progression (quoique...) et entre didactique et pédagogie ;

Tu as plein d'ami(e)s instits ;

 Tu te transformes en ermite trois week-ends par an parce que tu t'y es encore pris au dernier moment pour remplir ces saloperies de livrets scolaires ;

 Tu emploies un langage châtié quatre jours par semaine de 8h30 à16h30 mais en dehors de ça tu jures comme un charretier ;

 Tu prends ton repas de midi à 11h30 ;

 Tu exploites tes élèves pour effectuer les besognes chiantes et tu leurres ta conscience en te disant que ça les responsabilise ;

 Tu fais la grasse mat' le mercredi matin (sauf si t'es maman) ;

 Tu entasses les pots de yaourt vides, les vieux prospectus et les cartons de toutes tailles en te disant que ça finira bien par servir un jour ;

 Tu tues le temps dans les transports en commun en essayant de deviner l'âge des enfants autour de toi ;

 Tu développes une tolérance accrue ou au contraire une tolérance zéro au bruit en dehors des heures de travail ;

 Tu sais ce qu'est un mandala ;

 Tu as un shampoing anti-poux dans ta salle de bain, juste au cas où ;

 Tu te sers encore d'un compas, et il fait 50cm de long ;

 Tu fais trois jambes aux « m » et deux jambes aux « n », un joli petit pont aux « p » et deux boucles aux « f » ;

 Tu sais changer le toner d'une photocopieuse ;

 Tu es enfin le plus grand sur la photo de classe ;

Tes amis te demandent de relire leurs courriers avant de les envoyer et s'étonnent quand tu fais une erreur de calcul mental...

J'ai reçu cette liste par l'intermédiaire d'un collègue qui l'a reçue par internet... Je l'ai modifiée quelque peu, supprimant quelques éléments, en reformulant d'autres, en ajoutant quelques uns, mais l'esprit reste le même. Je ne me sens pas concerné par toutes les phrases mais je connais quelqu'un de concerné dans le métier à chaque fois...

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lundi 31 mars

la photo de classe

 

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Il y a les photos de classe que gardent les élèves, leurs parents. Et le souvenir qui leur est associé. Sur celles là, le décor change, les classes, les camarades, et le maître est lui aussi un élément parmi d’autres de la vie de l’élève cette année là. L’enfant demeure le seul fil directeur, dont on peut saisir l’évolution, d’une photo à l’autre. Il est le témoin permanent, il était là, avant d’aller ailleurs. Et ses photos de classe saisissent une époque, comme des photos de voyage gardent le souvenir marquant d’un endroit que l’on a visité. Le maître est cet indigène très particulier qu’on a fréquenté pendant son séjour dans sa classe. Avant de poursuivre le voyage, de changer de décor, d’habitudes, d’exigences, de copains.

 Il y a les photos de classe que gardent les maîtres et les maîtresses. Et le souvenir qui leur est associé. Sur celles là, le décor change moins, seuls les élèves changent. Et le maître, qui vieillit dans ce décor, en ce pays qu’est sa classe, qui maintient le cap, qui apprend à ce groupe après l’avoir fait pour d’autres la langue locale, les us et coutumes spécifiques de cette année avec lui. Sur le cliché, on lit dans son attitude ou son regard ce qui l’anime à leurs côtés. Plein d’entrain et d’énergie dès les premières années, pétri d’une envie qui sans doute jamais ne disparaitra mais que l’expérience canalisera. Sur les photos, l’attitude change progressivement, l’adulte se fait plus posé, plus serein, plus distant peut-être. Avec cette fierté tranquille du gardien de troupeau attaché à ses marmots, attaché à leur évolution, à leur épanouissement, pour qu’ils grandissent et n‘aient plus besoin de lui. Et laissent la place à d’autres sur la photo.

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mercredi 20 février

Chocolat

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    Chocolat est mort.

    Chocolat était le petit chat d’Elouan, Mathias et Ariane, des élèves de l’école. Un chaton d’environ 4 mois qui avait pris pour habitude de traverser le bourg, d’entrer dans l’école et de venir lorgner à l’intérieur des classes. De temps en temps, au beau milieu d’une activité, un élève se mettait à brailler : « Eh ! Y a Chocolat ! ». Bien entendu, toute la classe abandonnait l’activité illico, se juchait sur sa chaise ou se levait pour aller voir le chat frotter son petit museau contre la vitre de la porte fenêtre. C’est ce qu’on appelle une pause Chocolat. Pendant les récrés, il se promenait dans le petit jardin potager aménagé entre la garderie et la cour. Parfois, on l’apercevait se glisser sous le plancher de la classe préfabriquée et ressortir qui une queue, qui des oreilles. Les enfants l’appelaient et il n’y avait rien à faire pour les en dissuader. Leur expliquer que l’encourager à venir tout le temps, alors que l’école était bordée par une route dangereuse, ça ne suffisait pas. Il y avait une sorte de frénésie joyeuse autour des apparitions de ce chat. Et ça mettait Elouan et Mathias dans un état d’exaspération explosif mais impuissant, parce que leurs parents leur avaient bien fait comprendre, à eux, que c’était dangereux pour lui. J’imagine aussi que, mine de rien, ça les flattait un peu que leur chat soit adopté de la sorte par la communauté scolaire, que leur chat à eux soit devenu la mascotte en deux mois. Un de mes élèves, un soir, avait fait rire tout le monde. C’était l’heure de la sortie et Chocolat était assis sagement, devant le portail ouvert, tourné vers l’extérieur. Julien m’avait dit : « regarde Matthieu, on dirait qu’il attend ses parents ! » Bref, tout le monde adorait ce chat qui, comme tous ses congénères, avait su en deux coups de cuiller à pot se faire sa place au mépris des règles les plus élémentaires.

    Et ce soir, à la sortie, tandis que je régulais le départ de mes élèves et calmais les zouaves qui couraient dans tous les sens, J’ai soudain perçu un semblant d’agitation parmi les parents qui attendaient de l’autre côté du grillage, au bord de la route. De la gène sur les visages, des sourires et de l’agitation. Mon regard est alors tombé sur le corps du chat, juste quelques mètres plus loin, étalé sur la route dans une mare de sang, et dont les pattes arrière bougeaient de façon spasmodique. C’est en même temps que j’ai entendu les premiers « Chocolat est mort ! ». Une bagnole, paf le chat. Elouan, dont la classe venait d’arriver au portail, a voulu bondir vers la rue mais son instituteur l’a retenu. Chez les enfants, c’était l’excitation la plus totale. Le pauvre chat bougeait encore, sous les commentaires et l’inertie totale des parents. Quelques ados, qui traînaient là en vélo, avaient une excitation féroce dans les yeux, par moments. Elouan ne pouvait qu’entendre les « oh y a du sang partout, le pauvre Chocolat ! » ou « Beuah ! Y a son œil qui est arraché par terre ». Le chat ne bougeait plus, je bouillais devant l’air nigaud des parents (pas un pour intervenir auprès des enfants, leur parler, pour enlever le corps de leur vue). J’ai laissé les quelques élèves qui me restaient sur les bras à mon collègue, j’ai emmené Elouan avec moi, suis allé chercher Mathias dont la classe s’apprêtait à sortir et à qui on braillait déjà, excité, la nouvelle. J’ai emmené les deux enfants loin du bruit barbare et de la vision dégueulasse de leur chaton flingué par une voiture; dans le calme du bureau de direction, la maîtresse de Mathias a appelé leur mère, qui a dit qu’elle quittait son travail tout de suite et qu’elle venait. Ma collègue a dit qu’elle les raccompagnerait chez eux. On leur a dit que c’était fini, qu’on n’aurait pas eu le temps de l’amener chez un vétérinaire, et que ça voulait aussi dire que leur chat n’avait pas souffert longtemps. Ils n’ont rien dit, juste acquiescé, ont pris leurs gros cartables et ont suivi ma collègue.

    De retour dans la cour, j’ai appris que le père de Julien, en arrivant, avait demandé un sac poubelle et y avait mis le corps de l’animal. J’ai aussi appris que c’était semble-t-il arrivé bêtement, un enfant avait effrayé le chat qui s’était précipité sous les roues d’une voiture qui ne roulait pourtant pas bien vite et qui n’avait pas pu faire grand-chose. Au portail, il n’y avait plus grand monde, surtout les deux ou trois ados qui lorgnaient la grosse flaque de sang et ne causaient que de ça avec un air détaché, mais aucune sérénité dans la voix. Le sac poubelle était posé un peu plus loin.
    On ne le voyait pas du portail, il était posé discrètement contre le coin du grillage du jardin potager. J’ai ramassé le sac, regardé le corps roulé en boule et les mouchetures de rouge sur le plastique noir du sac. J’ai refermé celui-ci et suis rentré avec dans l’école. Je suis allé prendre un carton format grande boîte à chaussures et j’ai disposé l’animal dedans, disposé le sac ouvert pour ne pas répandre le sang et laissé le corps enroulé en boule pour ne pas montrer le côté le plus abîmé du crâne. J’ai refermé le carton.

    La maman est arrivée vingt minutes plus tard, avec ses deux aînés. Elle savait apparemment tout des circonstances. Elle m’a demandé si ça avait choqué les autres enfants, parce que ça s’était passé juste devant la sortie, quand même, sous leurs yeux. Je lui ai dit très sincèrement que je n’en savais rien. Sans doute un peu, forcément. Qu’il faudrait attendre le lendemain pour avoir les échos spontanés des élèves. J’ai répété qu’il avait sans doute eu peu le temps de souffrir, le petit Chocolat, et je leur ai souhaité bon courage. Ils sont repartis avec leur carton sous le bras et un chape bien lourde sur le dos.

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lundi 17 septembre

et qu'on leur marche dessus

Une petite fille de 3 ans et 1/2, dont les débuts à l'école se passent moyennement, à sa maman (véridique, c'est la nièce d'une collègue) :
- maman, est-ce que si ma maîtresse meurt, y aura plus école?
- euh ben bien sûr que si, ma chérie, une autre maîtresse viendra à sa place pour faire la classe.
- ah.
(après un temps de réflexion)
- maman, et si cette autre maîtresse meurt aussi, est-ce qu'il n'y aura plus école?
- bien sûr que si, ma chérie, tu sais il y a beaucoup de maîtresses, il y en aura toujours une pour prendre le relais dans ta classe.
(après un nouveau temps de réflexion)
- et si toutes les maîtresses étaient toutes mortes et qu'on leur marchait dessus ?

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mercredi 05 septembre

une rentrée normale

    Imaginez la banalité la plus réjouissante, la monotonie jouissive d'un quotidien ordinaire, le triomphe inattendu d'une toute bête normalité sans rien d'exceptionnel. On ne devine pas à quel point tout cela peut être formidable.
    L'année dernière, toute mon année a été exceptionnelle, sur le plan professionnel. Propulsé directeur sans rien avoir demandé à personne, doté d'une classe peuplée d'élèves pour moitié cabossés, en détresse, douloureux, sinistrés par des vécus ou un environnement qui rendait tout compliqué, il a fallu gérer des quotidiens comme on fait une partie de ping-pong : avec une certaine idée de la façon dont les choses doivent se mener, mais réagissant au coup par coup devant un adversaire pieuvre avec 8 raquettes et aucun respect des règles. L'idée était que personne ne soit blessé ou ne meure, que la plupart progressent, que certains se découvrent la possibilité que ça se passe bien, que d'autres mûrissent, voire même que tout le monde aie le sourire. Que la crispation psychologique des enfants ou des parents se relâche, que l'étau flou et pesant sur la tête des mômes se relâche. Je noircis sans doute le tableau à ne décrire les choses que sous cet angle. Forcément. Mais là, le contraste est tellement saisissant que je le vis comme ça, par rebond.
    J'ai une classe avec des élèves en difficulté, certains que j'ai gardés de l'année dernière, d'autres que je connais un peu mais qu'il me reste à découvrir vraiment. Des difficultés d'ordre scolaire ou/et personnelles, qui n'ont rien de bénin probablement. Deux des élèves que j'ai gardés de l'année dernière rencontrent et rencontreront encore des obstacles énormes et les feront subir par ricochet à toute la classe. Mais mince alors. J'ai une classe calme, ceux qui étaient tortueux et perturbateurs se montrent intéressés, motivés, appliqués. Les dynamiques de groupe sont positives, alors qu'elles pourraient avoir basculé dans l'inverse et le n'importe quoi. J'ai une classe de pipelettes, mais bon sang, ça c'est NORMAL.
    Je me suis récupéré la direction à nouveau, mais soutenu et secondé par une collègue compétente et sérieuse. La rentrée dans les différentes classes s'est bien passée, les élèves que j'avais laissés filer en classe supérieure ont l'air contents, et surtout même ceux qui semblaient peu sûrs d'eux, ceux qui étaient fragiles et peu prêts, paraissent s'acclimater et aborder la nouvelle année avec détermination. Mon élève malade est absente, mais vivante. Son frère fragilisé par les épreuves familiales mais rassuré par le fait que ses parents s'accrochent et ne l'oublient pas. L'élève qui devait passer en CLIS dans une autre école et qui a failli se faire prendre sa place au dernier moment pendant l'été est finalement belle et bien là où elle devrait être, et non ici à subir une scolarité qui lui serait étrangère et douloureuse. Bref, tout se passe sinon bien, du moins le plus banalement du monde. Que demander de plus? J'ai bien mon idée mais j'attendrai le prochain post pour en parler, là je me refuse à tout énervement et tout esprit chagrin. Je savoure la banalité précieuse de ma rentrée.

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mardi 03 juillet

balayé

    C'est arrivé. On le craignait, l'année était presque finie et pour un peu, ça ne serait pas arrivé. Je la sentais planer au-dessus d'eux, cette nuée sombre, funeste, cette famille sentait le drame. Des mois qu'on appréhendait qu'il arrive quelque chose de grave. Sur les deux fils, le plus jeune,d ans ma classe, avait le profil d'une catastrophe définitive, à s'attirer comme un aimant tout ce qui est dangereux, nuisible, à ne rien savoir garder intact, à tout abîmer, à tout gâcher tout en vous regardant comme un animal en détresse qui ne sait pas dire autrement qu'il va mal. Et c'est son frère qui est à l'hôpital.
    C'est arrivé dimanche, le lendemain de la fête des écoles. Le frère aîné, donc, pas moins paumé que son cadet mais franchement moins agité, plus prudent, solitaire, lymphatique, est parti en début d'après midi. Il a fait du vélo dans le bourg et, arrivé devant la salle des fêtes, a grillé un stop et s'est fait renverser par une voiture qui ne l'a pas vu arriver.
    Hier matin, c'était pour les enfants qui arrivaient à l'école une seule phrase : "*** s'est fait écraser!" Le petit frère est venu me voir pour me confirmer le drame, avec ses mots imprécis et patauds mais un ton et un air clairement atteints. Le père est venu plus tard rencontrer l'institutrice de son enfant blessé pour lui dire brièvement ce qui s'était passé; je ne l'ai pas vu. Je suis passé au commerce que tiennent les parents après l'école. Rendre le reliquat du pot de la fête des écoles, mais surtout prendre des nouvelles et parler. Le papa était à Rennes, au chevet de son fils. La maman servait les petits vieux lui racontant comment le temps jouait sur leur arthrose et elle, sans rien dire, évidemment absente. Quand on a eu un peu de temps, on a causé. Elle l'a cru mort. Le crane a pris énormément, avec une commotion cérébrale dont la gravité est encore difficile à établir, de multiples fractures des deux mâchoires, une oreille recousue car partiellement arrachée, sans compter une clavicule et un coude cassés, et j'en passe. Quand le petit se réveille, il hurle. Le psychologue qui suivait son petit frère va s'occuper de lui, parait-il.
    Et ce gamin était le même gamin suffisamment mal dans sa peau pour, à 8 ans, avoir une idée assez précise de ce qu'il faisait quand il a appelé son père, deux semaines plus tôt. Son père qui l'a retrouvé debout sur une chaise, une corde au cou prêt à se balancer. Qui a parlé d'en finir, qui a passé son année à se plaindre de tout mais, mine de rien, à encaisser, les plaisanteries de ses camarades,son rôle de grand entre son frère et ses parents, entre son frère et ses bétises, et qui, toujours, a du se trouver seul. Qui, aujourd'hui a mal, a peur et finit l'année dans la détresse et les larmes mais avec cette fois tout le monde autour de lui.

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samedi 30 juin

la vie après la fête de l'école

Une de plus... Tous les ans, c'est pareil, quel que soit le contexte personnel ou professionnel, l'école, la date, la météo ou le degré de préparation, on se sent toujours énormément soulagé une fois que la fête de l'école est passée.
Cette année, nouvelle école, nouvelle casquette de super-directeur, et une tonne d'autres nouveaux trucs pour enjoliver la situation, avec pour finir une journée qui n'aura pas tant que ça ressemblé au reste de l'année, et tant mieux. J'entends par là que mon année aura été, sur le plan scolaire notamment, placée sous le signe de l'urgence, du "on pare au plus pressé même si on aimerait faire beaucoup mieux", et que, contre toute attente, le spectacle de mes élèves, plus largement celui de toutes les classes et, encore plus largement, la fête de l'école dans son ensemble, tout cela n'aura pas tant que ça senti la  peinture pas encore sèche, le rafistolage comme on peut, les parcours cabossés et les crises permanentes.
Je me suis enquillé rapidement et de façon bancale mais souriante le discours traditionnel auquel je ne pouvais pas couper, on a fait la remise des diplômes que je n'avais pas davantage choisie avec réussite (seulement les élèves qui changeaient de cycle, donc CE1 et CM2, et aucun redoublant, c'est pratique), le pot de l'école et hop, pause du midi pendant que les parents dévorent le cochon grillé. Je me suis fait un vrai repas de végétarien avec mes collègues et ma nelfe et sa fée, soit un moment de douceur alimentaire et sociale avant la tempête de l'après-midi, à savoir les stands, les gamins qui courent partout, le temps qui promet de tourner à l'orage et à la flotte, et surtout, surtout, les pestacles.
Ces derniers se sont déroulés avec plus ou moins de bonheur comme d'habitude, mais dans l'ensemble très bien, les parents semblaient ravis, mon théâtre a fait sourire et applaudir, mes élèves étaient très bien, et puis ravis aussi, avant de partir dépenser leurs sous à la pèche à la ligne, au lapinodrome ou au chamboule tout. Il n'a même pas plu, j'en suis reparti un peu fatigué, soulagé de ne plus être directeur de quoi que ce soit du reste du week-end et de la perspective d'une seule et dernière semaine à tenir le cap de ce rafiot bringuebalant qu'est une école, petite mais costaude. Il était l'heure de l'apéro, une page s'était tournée un peu, et c'était tant mieux, pas de doute.

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vendredi 09 mars

les enfants sont des cons 005

Hier, en faisant un jeu mathématique en groupe classe, tout le monde était assez épaté des performances d'Angélina, d'ordinaire pas plus vive que la moyenne, mais qui pour le coup engrengeait des points avec férocité depuis 10 minutes. Je lui dis :
"Eh ben dis donc, tu as mangé du lion, ce matin!"
Et Steven, qui n'avait pas marqué un point depuis le début et se tenait la tête entre les mains d'ajouter en marmommant :
"Ah ben moi, j'ai mangé du cochon d'Inde."

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