dimanche 16 janvier
brève de con 003

spécial dédicace à Laurence (un con de viré, 10 d'évités... non?)
ce que la mer emmène

Ne jamais avancer vers l'eau qand on ne sait pas y évoluer, rester en surface puisqu'o n'a rien à faire en dessous.
Ne jamais avancer dans l'eau quand on n'a pas de raison de rebrousser chemin.
Ne jamais croire bêtement en une fin juste pour tout, croire qu'on finit toujours par avoir ce qu'on mérite, au bout du compte.
Ne pas aller jusqu'à penser que toute expérience est bonne à prendre et qu'on en ressort amoché mais grandi.
Ne pas chercher son ami qui est entré dans l'eau avec toi si tu as mieux à faire (surnager, par exemple, et empêcher l'eau d'investir tes poumons).
Ne pas paniquer, sauf pour accélérer l'avalement.
Ne pas se dire que le manque d'oxygène est la seule raison pour laquelle on voit des formes humaines monter vers soi des profondeurs opaques.
Ne regarder que la surface, en haut, comme un ciel liquide qui cache un soleil trop cru, et les vagues loin de toi, les vagues qui ne te touchent plus.
Ne pas lutter, c'est inutile, quand tes membres engourdis sentent sur eux la pression floue d'une main, puis d'une autre
Ne pas s'en remettre à autre chose qu'à l'abandon quand tout est déjà dit.
Il y a des gens bien, tu sais, qui, du fond, vont te traîner vers des ciels éclos, des airs pas poisseux, une enfance qui mérite ce nom. Tu ne l'as pas eu comme il faut, tu as pris les chemins de traverse qu'on te laissait, c'est pas grave, va, ça arrive. Tu as été un sale môme, pénible et franchement désagréable. Tu as été nul, mais on ne peut pas gagner une course avec un vélo cassé. Un mauvais moment à passer. Laisse ces mains bordées de sourires étranges, ces regards aqueux, profonds, qui apaisent et dénouent la panique. Ils sont là, autour de toi, ils t'emmènent, au plus bas. Tu descends, tu ne tombes plus, et il fait presque bon dans ce froid absolu qui est entré dans tes boyaux de petit con, commandant en chef de la patrouille des morveux, absolument insignifiant.
Ne jamais avancer dans l'eau quand on n'a pas de raison de rebrousser chemin.
Ne jamais croire bêtement en une fin juste pour tout, croire qu'on finit toujours par avoir ce qu'on mérite, au bout du compte.
Ne pas aller jusqu'à penser que toute expérience est bonne à prendre et qu'on en ressort amoché mais grandi.
Ne pas chercher son ami qui est entré dans l'eau avec toi si tu as mieux à faire (surnager, par exemple, et empêcher l'eau d'investir tes poumons).
Ne pas paniquer, sauf pour accélérer l'avalement.
Ne pas se dire que le manque d'oxygène est la seule raison pour laquelle on voit des formes humaines monter vers soi des profondeurs opaques.
Ne regarder que la surface, en haut, comme un ciel liquide qui cache un soleil trop cru, et les vagues loin de toi, les vagues qui ne te touchent plus.
Ne pas lutter, c'est inutile, quand tes membres engourdis sentent sur eux la pression floue d'une main, puis d'une autre
Ne pas s'en remettre à autre chose qu'à l'abandon quand tout est déjà dit.
Il y a des gens bien, tu sais, qui, du fond, vont te traîner vers des ciels éclos, des airs pas poisseux, une enfance qui mérite ce nom. Tu ne l'as pas eu comme il faut, tu as pris les chemins de traverse qu'on te laissait, c'est pas grave, va, ça arrive. Tu as été un sale môme, pénible et franchement désagréable. Tu as été nul, mais on ne peut pas gagner une course avec un vélo cassé. Un mauvais moment à passer. Laisse ces mains bordées de sourires étranges, ces regards aqueux, profonds, qui apaisent et dénouent la panique. Ils sont là, autour de toi, ils t'emmènent, au plus bas. Tu descends, tu ne tombes plus, et il fait presque bon dans ce froid absolu qui est entré dans tes boyaux de petit con, commandant en chef de la patrouille des morveux, absolument insignifiant.
jeudi 13 janvier
fishin'blues
Aussi étonnant que ça puisse paraître aux esprits étroits, fermés à l'absurde comme à l'incongru, personne ne s'inquiéta de ce qu'allait devenir le gamin que Simon avait pris sous son aile. De même que personne ne s'était enquis d'où il venait quand il était apparu à ses côtés, que personne n'avait apparemment recherché Titou, ce dernier se trouva du jour au lendemain dans une maison vide.
Laissez une maison de vieux gars célibataire à un gosse désoeuvré et vous allez voir que ça devient rapidement n'importe quoi. Curieusement, la vieille Josy ne vint pas non plus le voir. Ne serait-ce que pour savoir si tout allait bien. Quant Titou eut fini de picorer les réserves de plats préparés, surgelés ou en boite, bref toutes les richesses du terroir qu'on est en droitd e trouver dans un cadre authentique et terrien, il se fit livrer des pizzas jusqu'à épuisement des sous laissés ça et là par Simon dans sa baraque. Dit comme ça, on pourrait penser qu'il est parti par la nécessité du ventre. Ce serait une explication presque honorable, mais la vérité est qu'il en était venu à haïr ce con d'adulte qui, lui aussi, n'avait pas su assurer assez longtemps pour qu'il en vienne à y croire vraiment. Pas question de moisir dans la cahute d'un abruti pas foutu de survivre plus de trois mois à sa présence. Il décanilla après avoir foutu un sacré bazar à l'intérieur, histoire d'être sur de ne pas avoir envie de revenir.
Il ne prit pas le camion, pas réparé. Il ne prit pas le vélo déglingué mais repeint à neuf d'un beau bleu turquoise. Faut pas exagérer. Il prit le solex. Et en voiture Simone. En solex Titou. A nous le monde. Au moins jusqu'à la fin du réservoir, hein.
En chemin, il prit en stop un autre gamin, qui jouait sur le bord de la route. Un gamin avec des oreilles de chien et une truffe pas bien propre, mais sympa. Le gars ne faisait pas vraiment de stop, il jouait sur le bord dela route. mais il avait bien voulu monter avec Titou, un sourire en coin, laissant son ballon de foot sur l'aire de repos où il la taquinait jusqu'àlors.
"On va à la mer?", dit le gamin dont Titou ignorait le nom.
- Tu t'appelles comment, toi, au fait?
- Moche.
- C'est pas un nom, ça!
- C'est comme ça qu'on m'appelait.
- Moi je t'appellerai Jérôme. C'est mieux non?
- Non. J'étais habitué à l'autre.
- Arrête, Jérôme, sois pas naze. C'est loin la mer, tu dis?
- On y arrive, regarde."
Il débouchèrent sur le truc le plus immensément gigantesque que Titou ait jamais vu. Il avait déjà vu la mer à la télé, mais là ça débordait de tous les cadres qu'il aurait pu imaginer. C'était trop grand, ce machin, ça foutait les jetons. Si le solex n'avait pas rendu l'âme en bas de la côte, juste au pied du parking de la plage, il aurait bien rebroussé chemin. Jérôme-Moche avait les yeux qui brillaient. "Elle est belle, hein?"
- T'es vraiment un gars bizarre, toi.
- Allez viens, on va se baigner.
- T'es malade! C'est ... c'est mouillé!
- C'est rien de le dire.
- Allez, allons nous noyer, y a de la joie. Eh!, ça ou autre chose."
Et ils allèrent se noyer.
mercredi 12 janvier
l'imposture des simples

Il était moche, Simon, sans blague, il aurait fait peur à une taupe en rut, mais c'était un brave gars. Titou était persuadé que s'il avait cherché dans un dictionnaire (chose qui ne lui serait jamais venue à l'esprit) au mot "gentil", l'illustration de ce dernier aurait forcément représenté le camionneur. Il n'y avait pas de dictionnaire, chez Simon. Pas plus que chez la vieille Josy, chez qui Titou passait dorénavant tous ses après-midi. Un sacré personnage, aussi, Mme Josy. Elle avait beau lui taper dessus, il ne lui en voulait pas : d'abord, elle ne savait pas faire mal, pas vraiment, pas comme son père ou les abrutis de l'école, ensuite elle avait de bons côtés (le principal était qu'elle faisait des beignets aux pommes à tuer les ours, et juste après c'était qu'elle avait de gros nénés dans lesquels on pouvait aller se fourrer en pleurnichant ou juste pour faire un calin). Et puis bon, le gamin n'avait pas trop le choix. Il était sympa, Simon, mais il n'était pas là souvent. Quand il partait en ville chercher du foin ou des poulets tout neufs pour les livrer dans les fermes des environs, il passait au petit matin déposer Titou encore endormi à la ferme crasseuse de Josy. Il emmenait le petiot directement dans son lit, montant ce dernier dans son camion et le descendant avec précaution jusqu'à la grange. "J'ai jamais su border un gosse, encore moins le réveiller, disait-il tout penaud. Je préfère encore te l'amener emballé." Josy gloussait et répondait souvent "C'est pourtant pas un cadeau, ton gamin. Ecoute moi comment il ronfle. Ah elle est jolie, la musique."
Tout le monde avait beau râler, Titou parce qu'on ne pouvait rien faire à la campagne "à part s'ennuyer au grand air qui pue" (dixit le principal intéressé du haut de ses 6 ans), Simon parce que le mioche lui foutait le souk dans sa maison où rien n'avait jusdque là bougé d'un centimètre depuis la mort de sa mère (et sans doute même avant), Josy parce que le petit lui cassait les oreilles et pas mal d'autres choses dans la maison, le jardin ou la grange, tout le monde avait beau pester, grogner, grommeler, finalement tout le monde y trouvait son compte. Titou passait ses journées à manger des beignets, à se prendre des tartes, à attraper dans le champ de derrière des crapauds à cravate ou à aller pêcher des truitons avec les gamins du voisin, un avaleur de gorilles à la retraite. Et le temps filait doux, comme un cocktail un peu traitre qui parait juste gentiment fruité et qui vous savate la cervelle en douce. 3 mois. Le temps qu'il faut pour s'adapter les uns aux autres et s'apercevoir que ces efforts là valent la peine d'être faits.
Il y aurait beaucoup à dire sur la vie que mena pendant 3 mois ce grigou de gamin. Ce serait gâcher néanmoins que d'y consacrer du temps, vu que, quand Simon mourut, tout ça fut grandement chamboulé et pour tout dire assez vite ruiné. Un accident de la route, qu'is disaient, les gendarmes. "En voulant éviter d'écraser un hérisson ou une bestiole crétine de ce genre, il a basculé avec son camion et a fait quelques tonneaux. Je ne savais même pas que ça faisait des tonneaux, un camion." Le corps de Simon n'était pas trop abimé, mais on devinait que ça avait été rude quand même parce ses lunettes, si épaisses que même en les piétinant on n'arrivait pas à les rayer (Titout le savait bien, pour avoir essayé, pour rigoler), ben elles étaient cassées. Un des verres manquaient carrément, et Titout se disait que c'était quand même dommage que ça n'arrive que maintenant qu'il avait les yeux fermés, le Simon. Il aurait bien aimé voir son regard sans le flou lointain de ces montures préhistoriques. Une occasion de manquée. La vie lui en ramènerait sûrement d'autres. Mais là, y avait comme un trou dans le potage.
mardi 11 janvier
merci pour la joie

Quand on est verni, ce n'est pas pour de faux. Pas de chiqué avec la veine, tu l'as ou bien tu ne l'as pas. Si quelqu'un lui avait dit qu'il était chanceux, comme gars, Titou aurait volontiers rossé l'animal assez myope des yeux pour pas voir plus loin que le bout de son nez. N'empêche : où pensez-vous qu'il tomba, après s'être pris une bonne décharge plombée de calibre 12? Sur une bâche, vous y croyez, vous? Si ce n'est pas le cas, passez votre chemin, vous êtes vexant. Mais bon, tout de même, c'est un peu gros à avaler : vous en avez vu beaucoup, dernièrement, des camions bâchés transportant des meules de foin, dans votre quartier? Alors bon, après cette chute là, Titou aurait réfléchi à deux fois avant de rosser quiconque l'aurait traité de chanceux (il aurait fini par le faire quand même, pour le plaisir, mais c'est une autre histoire). Mohammed, il ne le revit jamais. Où ce nigaud avait-il eu le chic d'aller se vautrer, ça resterait un mystère.
Titou, en pleine nuit, filait donc à travers la ville, juché sur le sommet d'un camion peu enclin à se rendre compte de sa présence. Il eut un peu mal au coeur mais renonça à aller le dire au chauffeur. Après tout, il voulait partir, non? Là, au moins, ça promettait d'être de nouveau. Quand le gros véhicule sortit de la ville pour s'enfoncer dans une départementale sans autre éclairage que de trop rares plaques réfléchissantes, Titou eut une petite montée d'angoisse. Tout de même, la cambrousse, ça fout les jetons. Il y a des gens qui parlent, tu les comprends même pas, qu'il parait. Et des vraies vaches qui t'éventrent et te lappent les tripes; et des chiens, je te jure, des corniauds cons comme jamais t'en as vus. Et des maladies que ton docteur n'a pas dans son dictionnaire relié cuir. C'était Jérôme, le petit con avec qui il allait fumer dans les toilettes de l'école, qui lui avait raconté tout ça. Il savait de quoi il parlait : il avait fait un safari en Mayenne avec ses parents, l'été dernier. Même que son père avait fait empailler la tête du porc (une belle bête de quelques quintaux) qu'il avait flingué lors d'une pause dans la brousse. Enfin bref, ça foutait les jetons. Peut-être le chauffeur qui conduisait à toutes berzingues sur cette fichue route vide en pleine nuit, c'était un paysan. Fichtre ! Autant dire un ogre, Barbe Bleue, Jrj Bouche, un terrible quoi.
Le chauffeur, lui, sifflotait en écoutant sa cassette de Claude François à fond: 23 ans qu'il livrait en approvisionnait les campagnes des alentours, autant dire qu'il avait fait ça toute sa vie. Le trajet se faisait sans lui, pour ainsi dire. D'ailleurs, il touchait à peine le volant. Le camion connaissait la route, on pouvait lui faire confiance. Chantant à la manière si particulière des gens qui chantent abominablement faux, Simon le chauffeur s'avisa soudain qu'il perdait des trucs sur la route.
Il s'arrêta sur le bas côté en maugréant. Titou, tout tendu depuis que le véhicule s'était immobilisé, entendit soudain une musique comme sortie de l'enfer (mais qu'il avait déjà entendue chez Tata Odette, des fois, ce qui corroborait l'hypothèse infernale). Il se cacha dans une meule de foin, en vain. Il sentit une poigne ferme et désagréable, d'adulte, quoi, le prendre par la peau des fesses et l'extraire de là. Il croisa alors le regard le plus étrangement amical qu'il eut jamais vu. Derrière les culs de bouteille qui servaient de lunettes à Simon, il y avait une bonté comme on n'en rencontre que dans les rêves les plus cons. Et ce n'était qu'un début. Quand on est verni, c'est pas pour de faux.
... faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages

Quand Titou, le commandant en chef de la patrouille des morveux, rentra chez lui ce soir là, il découvrit une terre de désolation. C'était bien simple, tout était fichu par terre, cassé, renversé, abîmé, et son père n'était visible nulle part. "Où qu'il est, celui-là. Visible nulle part, je t'en foutrai. De deux choses l'une, se dit Titou en reniflant. Soit il a encore abusé de la liqueur de Transparence de pépé, ou bien il n'est pas encore rentré, parce qu'il a abusé de la liqueur d'artichaut du bistro du coin. Dans les deux cas, y en a marre." Il monta à l'étage, grimpa sur une chaise pour atteindre la lucarne et ouvrit cette fichue fenêtre en grand. Il siffla et brailla comme savent le faire si bien les gamins mal élevés: "Mohammed! Ramène ta graisse!"
Mohammed, c'était l'enfant chauve-souris qui nichait dans l'imeuble d'en face. Il ramena sa graisse et un paquet de choco BN en voletant de ci, de là. Comme Mohammed ne sortait que la nuit, rapport à son côté chauve-souris, il n'y avait guère que des mioches livrés à eux-mêmes comme titou pour être encore debout à l'heure où il cherchait un copain pour jouer.
"- T'en fais une tête, tu as encore ramassé une raclée ou quoi?
- Non, c'est encore la maison qui s'est mise dans un sale état. Ils sont à quoi tes choco?
- Vers de terre. T'en veux?
- Non, garde les ils sont pourris tes choco. Allez on s'arrache, cette fois ça m'énerve. Le père, la maison, que la soupe soit chaude quand je rentre du boulot, je ne sais pas moi, c'est quand même pas compliqué de demander un environnement sain pour mon éducation et mon épanouissement personnel."
Mohammed le prit par ses pattes griffues et l'emmena loin de tout ça, haut dans le ciel. Ils ne parlaient jamais dans ces cas là. Il y avait déjà bien à faire rien qu'à regarder, écouter, sentir.
"Monte plus haut", dit juste Titou.
"On est déjà haut, là. Tu es sûr que tu ne veux pas rentrer, plutôt?", dit Mohammed en projetant des miettes de choco un peu partout, comme de la sciure d'étoile.
Et un abruti aviné les dégomma, d'un solide coup de carabine. La détonation fut retentissante, mais c'était un joli coup, parce que, tout de même, cible mouvante compte double, surtout de nuit, quoi.
Les deux gamins dégringolèrent direct.
lundi 10 janvier
Le cul par terre
Dans la série "retrouvailles avec les amours soniques d'antan", je me
suis retrouvé à gratter quelques accords, s'avérant être ceux de la
chanson "le cul par terre" de Miossec. Enthousiasme immédiat à chanter
ce truc. Ne retrouvant plus de mémoire toutes les paroles du Brestois,
j'ai remis l'album "boire" dans les platines et ben, paf, imparable, je
l'ai écouté de bout en bout. Avec l'impression qu'il n'avait rien fait
de mieux depuis. Pourtant j'aime bien "baiser" aussi, et quelques
autres titres, par fidélité pour la démarche du bonhomme, mais là, sur
ce premier album, il n'y a vraiment rien à jeter. "Recouvrance" et "des
moments de plaisir", rien que pour avoir écrit ces deux chansons, on
peut crever tranquille. Pour les autres, il reste des oreilles pour écouter et apprendre.
samedi 08 janvier
negative creep (again)

En ce moment, j'écoute à nouveau du Nirvana en boucle. Et ça ne m'était pas arrivé depuis longtemps, comme du Noir Désir ou du Ali Farka Toure, toutes ces choses qu'on a tellement écoutées que leur musique est désormais en nous, à l'intérieur, sans qu'on ait besoin de faire appel à un disque pour en restituer la personnalité ou la saveur. Mais là, si, y a pas, c'est plus fort que moi, je m'en mets plein les oreilles. C'est un besoin, une pulsion presque physique qui trouve son assouvissement dans ces retrouvailles à outrance. L'album Bleach, surtout, et des live déglingués, l'illustration sonore de la nouvelle "the priest they called him" de Burroughs qu'avait composée Cobain, le concert de Rennes de 1994, où j'étais, quelques semaines avant la mort du chanteur. Je lis le journal de ce dernier, ceci expliquant cela, evidemment. J'avais d'abord négligé de l'acheter, par pudeur, décence et absence totale d'intérêt pour ce genre de "littérature" obcène. Pour finalement commencer sa lecture, parce que ce journal rend la parole à celui qu'on a tellement fouaillé avec une obcénité vorace avant et après sa mort. On y fréquente l'intelligence, la sensibilité et le regard amusé d'un homme qui n'en finit décidément pas d'être à notre image. Banalement con, emporté, juste, injuste et influençable, ouvert au monde, quoi. Et ça fait mal de penser que ça fait plus de dix ans que la page s'est tournée, tant leur musique était en construction, en mue. La musique de Nirvana, au-delà de ses qualités ou défauts qu'on peut lui prêter, révélait avant tout une âme sous la lumière crue, elle montrait plus qu'elle ne disait quelque chose d'atemporel. Qu'on appartienne ou non à la culture et aux idées que manifestait le groupe, on peut se trouver aggrippé par l'authenticité qui se dégage de leurs morceaux, comme de ceux d'un Leadbelly ou d'un Johnny Cash.
Pour autant, on a l'impression, à réécouter ça, que quelque chose d'encore plus grand était en train de se construire. Et ne verra jamais le jour. Parce que Cobain. Alors que Nirvana est une histoire d'équilibre et de forces complémentaires, les rythmiques vives et tarées de Grohl apportant autant que les basses fainéantes et violentes de Novoselic. Depuis 1994, rien d'aussi important et vrai n'a interpellé mes oreilles (Dry de PJ Harvey et Welcome to the Cruel World de Ben Harper sont antérieurs ou contemporains de cette période).
Mais, bien sur, on n'a pas besoin de quelque chose de nouveau. Quiconque a écouté les enregistrements de Skip James, des chants grégoriens, un kan a diskan ou une gwerz, un vieux Stooges ou un chant de cérémonie pygmée sait qu'il y a déjà assez de musiques cruciales à prendre en soi pour plus d'une vie. N'empêche.
La voix de Cobain. Cette voix d'enfant démoli, d'adulte bancal, cette voix unique qu'on n' arrive jamais tout à fait à souhaiter avoir, avec toute la part d'ombre qu'elle traîne dans le ventre. On en voudrait davantage, et pas des fonds de tiroirs, une oeuvre en construction, en élévation, en chemin.
Au suivant, comme disait le grand Jacques...
lundi 03 janvier
l'effet fumble

Ma longue existence m'a conduit à écoper d'un nombre inclaculable de surnoms, à propos desquels je ne rechigne ou ne bougonne guère que pour la forme. Je prends ça pour ce que c'est : une de mes devises étant "qui aime bien charrie bien", j'estime qu'il s'agit avant tout d'une marque acide (ou acidulée) de tendresse amicale. On ne chambre que les gens qui vous semblent proches. Mais ne nous égarons pas. Un de mes surnoms les plus prégnants, c'est "fumble matt" ou plus brièvement "fumble". J'ai gagné ce titre de gloire sur les tables de jeux de rôle, au fil des innombrables déboires qui me sont tombés sur la couenne. Je m'explique. En jeu de rôle, le fumble désigne une maladresse alliée à de la malchance. En gros, vous avez tout pour réussir, les compétences, les outils, des circonstances favorables et vous vous vautrez quand même au dernier moment, si possible de façon ridicule et incontrôlée. Je suis un spécialiste du genre, bien malgré moi, mais cette malédiction des dés a fini par devenir un gimmick ou un running gag assez sympathique pour peu qu'il ne ruine pas complètement la partie de JdR. Toujours est-il que la réalité rejoint parfois la fiction et que, à mon corps défendant, il m'arrive aussi de me vautrer et d'essuyer pour de vrai les coups imprévus du sort, pour des petites choses qui prêtent plutôt à rire.
Pour ma rentrée, j'ai fait un beau fumble. Je me suis reposé pendant toutes les vacances, j'avais besoin de me requinquer, j'ai dormi comme un saldaud (pas le choix), et pour finir, malgré un réveillon digne de ce nom, j'étais hier soir plutôt frais et dispos. Et je suis quand même arrivé avec des cernes d'ours ce matin, pas du tout reposé. Pourquoi? J'ai dormi 2 heures, tout au plus. Pour quelle raison? Aucune. Si, si. C'est complètement crétin, très très con, mais je n'ai tout simplement pas réussi à dormir, et il n'y à aucune raison à ça. Pas d'angoisse de pré-rentrée (pas le genre de la maison), pas de caféine ou de théine dans l'organisme, rien. Je n'arrivais pas à dormir, c'est tout. Et comme j'avais eu la riche idée de me coucher raisonnablement tôt, la nuit m'a paru TRES longue. Pour finalement partir à l'aube la fleur au fusil, la machoire prête à se décrocher à force de bailler large comme une baptistère mérovingien (c'est à dire assez large).
Heureusement, mes gniards avaient eux aussi la tête des mauvais jours, suite aux excès du week-end, donc on a pris le rythme à la ramasse, tous ensemble. Impeccable. N'empêche. Fumble.
finir les chocolats

Tout n'est pas encore rangé, il y a encore des restes de fêtes, des
indices qui traînent, pas besoin d'être Sherlock pour savoir ce qui
s'est tramé ces derniers temps dans les environs. Des gens ont commis
des choses. Ils se sont mis d'accord avant, et froidement,
délibérément, se sont retrouvés, de ci, de là, sans la moindre arrière
pensée. Et il faut bien voir les choses en face: ils ont fait la fête.
Oh, pas toujours dans le délire hystérique, pas toujours dans les fièvres à neuneu qui sont les grand'messes consuméristes de fin d'année, sans excès rock'n'roll systématiques, mais, en ce qui me concerne, avec une spontanéité inattendue et une humanité qui sont précieuses. Les gens qu'on a vus, on les a bien vus, on était tous contents de se retrouver, on a passé de bons moments ensemble, avec les yeux qui pétillent pour le dire, et on s'en repart sans regret. Il reste des indices, des bouts de choses ramenés, offerts, pas finis de baffrer, des chocolats, quoi. Des trucs à qui j'avais promis qu'ils ne verraient pas 2005, mais bon, ils étaient trop nombreux, les bougres. Je me suis battu comme un lion, mais certains ont passé l'année.
Ils ne connaîtront de cette année que quelques jours, ceci dit. Je suis gentil mais inflexible, on ne badine pas avec les principes et l'un des miens est : un chocolat de Noël ne doit pas mourir de vieillesse.
Oh, pas toujours dans le délire hystérique, pas toujours dans les fièvres à neuneu qui sont les grand'messes consuméristes de fin d'année, sans excès rock'n'roll systématiques, mais, en ce qui me concerne, avec une spontanéité inattendue et une humanité qui sont précieuses. Les gens qu'on a vus, on les a bien vus, on était tous contents de se retrouver, on a passé de bons moments ensemble, avec les yeux qui pétillent pour le dire, et on s'en repart sans regret. Il reste des indices, des bouts de choses ramenés, offerts, pas finis de baffrer, des chocolats, quoi. Des trucs à qui j'avais promis qu'ils ne verraient pas 2005, mais bon, ils étaient trop nombreux, les bougres. Je me suis battu comme un lion, mais certains ont passé l'année.
Ils ne connaîtront de cette année que quelques jours, ceci dit. Je suis gentil mais inflexible, on ne badine pas avec les principes et l'un des miens est : un chocolat de Noël ne doit pas mourir de vieillesse.