jeudi 10 février
humain trop humain 007 : affres du trop simple
mercredi 09 février
le poids perdu des mots disparus
Deux bouts d'émissions de radio, en voiture, en fin d'après-midi et ce soir.
Retour nocturne du Ju-Jitsu, France Inter dans l'habitacle et des couillons de lapins
qui traversent n'importe comment à l'extérieur. On entend le moteur et
aussi ce bon vieux José Arthur qui reçoit Bernard Pivot, ça discute de
choses diverses avec la faconde dont sont capables ces deux là. Et
Pivot d'évoquer avec justesse les mots qui disparaissent.
On parle des mots qui font leur entrée dans le dictionnaire, les mots à
la mode ou suffisamment coutumiers pour qu'on les admette dans le
vénérable ouvrage de référence. On ne parle pas de ceux, moins
fortunés, qui partent "par la petite porte". Qui juge qu'ils n'ont plus leur place dans
un dictionnaire? Qui relève leur fréquence dans les écrits (romans,
essais, journaux, etc..) ou leur emploi oral? Etrange mécanique qui
n'est en tout cas pas anodine et qui modèle notre langue, mine de rien,
au moins un tout petit peu.
Autre émission, en
fin d'après-midi, qui rétrospectivement fait écho à ces propos très
littéraires. Un type (un écrivain, pardon) venait présenter son
bouquin. Il faisait état, lui aussi, de la façon dont les mots modèlent la pensée.
De la façon dont l'expression "plan social" renvoit à une réalité
inverse de ce qu'elle évoque. De la façon dont on s'est persuadé que la
classe ouvrière avait disparu parce qu'on a fini d'employer le mot
ouvrier. Et l'on se perd en conjecture sur la façon, aussi, dont le
discours politique s'est unifié, sur la façon dont les ténors de gauche
comme de droite emploient les mêmes mots, s'emploient à résoudre les
mêmes problèmes dans les mêms termes. La gauche parle de croissance
comme on parlerait du bonheur et, de même qu'on ne parle plus de parti
ouvrier, on n'utilise plus l'expression naguère en vogue de
représentation politique "bourgeoise" en désignant l'UDF et l'UMP,
alors qu'ils s'agit tout de même de ça.
Tout a un sens, tout exprime quelque chose, et les béances, les oublis sont, en matière de vocabulaire, un exemple comme un autre de la manière dont une mémoire collective se façonne ou s'atrophie. Reconquérir sa langue, c'est aussi un combat citoyen.
lundi 07 février
Didier Wampas est le roi

Bon ben voila, on ne renie pas ses amours d'antan. Les Wampas,
c'est quand même une longue histoire, de celles que ceux qui l'ont un
peu vécue comprennent et que les autres ne peuvent que regarder, un
brin consternés, sans rien comprendre. Je ne fus pas des débuts et je
ne me reconnais pas dans tout chez ces gars, mais j'ai un immense respect pour
eux et ils ont créé un tel truc et ont tenu le cap suffisamment pour
qu'on n'en discute même pas. Qu'on aime ou qu'on aime, ça fait partie
de notre patrimoine musical national. Et donc, un brin inquiet depuis
leur tube génial "manu chao" (depuis repris à toutes les sauces,
notamment pendant les manifs de 2003 : "si j'avais le portefeuille de François Fillon..."), j'avais apprécié l'album afférent mais doutait passablement de l'avenir. Un groupe comme les Wampas qui sort un dvd live,
ça laisse rêveur... Et pourtant, à la faveur d'une virée rennaise et
d'une déambulation à Rennes Musique, j'avais craqué pour une promo
traitresse et étais revenu avec 2 dvd live, celui de Dyonisos et
celui... des Wampas, bravo on voit que vous suivez.
Et là, ben grosse claque. Ils ont changé un peu, mais en fait pas du tout. J'ai retrouvé le Didier et sa troupe intacts, tout en énergie sauvage et en envols débridés, dans des poésies punk et des ritournelles idiotes et implacables, emballées à 100 à l'heure et sans un iota de compromission.
Le concert suinte la sincérité et l'investissement du début à la fin,
ces mecs là assurent et mettent minable beaucoup de petits bras à
grosses guitares. Didier, tu n'as plus les cheveux longs, tu n'as plus
tes 20 ans, tu n'as plus rien à prouver, et tu donnes tout, tu ne
changes rien, tu restes un ovni précieux qu'on aime faire sien, sans pour autant prétendre te comprendre tout à fait. Tu es grand et nous sommes petits, et vice versa.
dimanche 06 février
dites 32
vendredi 04 février
la parlotte

Ce soir, après l'école, j' ai reçu l'une après l'autre trois mamans
d'élèves. Avec ou sans leurs enfants. L'une pour faire un bilan en
cette moitié d'année scolaire, les deux autres parce que le
comportement de leur bambin avait justifié une convocation de ma part.
Et on a parlé. Une bonne heure et demi en tout.
Juste le temps de me voir rentrer une petite heure chez moi avant de
retourner à l'école à 20h pour une réunion de l'amicale laïque. Il est
23h, je commence à manger, armé et secondé d'une bonne pinte de
Guinness pour faire bonne figure, parce que, quand même, c'est le week
end et que demain, y a manif' (et puis même, Guinness is good for you
anyway, pas la peine de bavasser sur les raisons d'en prendre). Quel
boulot de fainéant, instituteur, je vous jure.
Donc, trois rendez-vous et surtout beaucoup de parlotte. Et l'on sent à
quel point ça fait du bien. Même pour les deux zigotos qui ont amené
leur moman là par acumulation de comportements perturbateurs mineurs,
c'était surtout l'occasion de parler et de mettre les choses à plat. A
l'école, surtout dans une petite école rurale comme la mienne où le
ramassage scolaire intercommunal empêche de voir la plupart des parents
au quotidien, ce genre de rencontres est rare en une année.
Heureusement que je les ai deux ans, les nains. J'ai eu l'occasion de
parler de ce qui n'allait pas, de dire mon mécontentement et mes
exigences, mais surtout, surtout, de replacer ça dans le contexte. Pour
finir, les mères venues pour entendre à quel point leur mome était
excécrable sont reparties rassurées, parce que j'ai pu discuter avec
elles, leur faire comprendre que, dans la durée et en dehors du
contexte qui les amenaient là, leurs gamins s'inscrivaient dans une
dynamique positive, ils progressaient au quotidien et surtout qu'ils
n'étaient pas des élèves à problème, voire des "cas". Et on ne
sousestime jamais assez la capacité d'un parent à se faire des idées
sur son môme en classe. Dans un sens ou dans l'autre.
Il y a quelques jours déjà, j'avais eu, complètement
par hasard, l'occasion de discuter avec une maman dont la fille avait
écopé d'un mot dans le cahier de liaison faisant état de son caratère
inattentif voire dissipé en classe en ce moment. J'étais estomaqué
qu'elle me dise : "mais alors, elle va redoubler?" Sa fille se
débrouillait très bien en classe, n'avait aucune difficulté majeure,
j'avais juste pointé un problème ponctuel et c'était déjà l'incendie,
l'échec scolaire programmé et la prison pour mineurs (je pousse un
peu... mais l'idée est là).
Un parent, ça
s'inquiète, on oublie ça quand on ne l'est pas encore et surtout, un
parent, ça ne se rend pas compte et c'est bien normal puisque ce n'est
pas là pendant la journée de classe. Alors ça s'imagine et ça s'en
remet à ce qu'en dit l'enfant et ce qu'il ramène à la maison
d'anecdotes tronquées, déformées et de cahiers mal fagotés. Pouvoir
discuter, remettre les choses en perspective est vraiment important.
Mais comme pour d'autres choses, trop souvent, on n'a malheureusement
l'occasion de le faire qu'avec les gens dont les enfants n'ont que peu
de problème (parce que bon, tout est lié). Les autres, quand ça va,
tant mieux. Quand ça ne va pas, les choses sont dures parce qu'on
n'atteint personne pour seconder l'enfant une fois sorti de l'école. Et
je ne parle pas que des devoirs, loin de là. L'école doit surtout se
montrer un lieu d'épanouissement, où on se construit, on se découvre,
on se confronte au monde et aux autres, où on découvre des modèles
sociaux différents de la maison.
Chez l'un des
gosses en question, à la maison, ça bouge. Les parents s'engueulent,les
deux petits frère et soeur soont des problèmes de santé . Le mome, en
arrivant à l'école, parle de ça, il en a besoin. Quand il arrive à
l'école, il a le sourire, il retrouve des gens avec qui il est bien,
quand je le punis il ne maugrée jamais parce qu'il a le sentiment que
je le traite avec équité. La confiance règne et quand on a fait
comprendre ça à sa mère, qu'il y a ce terreau à partir duquel on
construit depuis le début de l'année, malgré les débordements
incessants, elle saisit qu'on va vers le mieux et que son gosse grandit
dans le bon sens, même imperceptiblement. Et elle repart avec autre
chose dans les yeux. Moins d'angoisse, plus de patience.
Et on passe au suivant, en ne pensant pas encore à
la Guinness qui nous attend, patiemment, elle aussi, ne demandant qu'un
peu d'attention et de désir. Tout vient à point à qui sait attendre.
Slante!
PS: photo copyright E. Veneau
mercredi 02 février
brève de con 005

Rappelons
que, condamné en octobre 2003 par le tribunal correctionnel de Tulle,
l'homme avait fait appel mais que, s'étant donné la mort, il restera
"présumé" coupable et ne sera jamais rejugé.
mardi 01 février
brève de con 004
lundi 31 janvier
O uchi gari
"grand fauchage intérieur", en japonais. Et, accessoirement, une prise de judo.
Je trouve que ça pourrait aussi bien désigner l'état
dans lequel on retrouve certaines personnes parfois, un ami au petit
matin avec la mine du pendu, ou des gens affalés sur des pas de portes
à l'heure de la fermeture des bars. Des chutes qui font mal mais dont
on se relève, pour peu qu'on ait appris à tomber. Comme au judo.
N'empêche, tu passes dans une rue la nuit, tu croises un bout de vie
dévasté, pour qui, même si demain ça ira mieux, ce soir rien ne saurait
être pire. Un pauvre type en costume froissé qui chiale et qui a les
yeux perdus, ou cette gamine qui n'en peut plus de ne pas savoir quoi
faire d'elle. Un ancien camarade de classe à qui tu n'as jamais rien eu
à dire, mais qui fait pitié, là, peu importe comment sa vie l'a mené
là. Des vieilles femmes qui se croient aux abois et se créent des émois
inutiles. Des pertes de contrôle, des chagrins. Un effondrement
interne, un travail de sape que rien ne retient.
Tu croises les regards, tu sens les gens qui se
regardent s'effriter avec hébétude. Et toi non plus tu ne sauras pas
quoi faire. Alors tu passes ton chemin. L'humain qui se fait avaler par
ce sentiment sombre et poisseux n'a pas de prise là-dessus, il n'en
voit pas. Un autre éclairage l'amènera peut-être à changer d'avis. Ou
bien à faire comme si, une fois un nouveau jour levé. A repartir la
fleur au fusil, au petit bonheur, sans rien avoir compris de tout ça
mais en priant juste pour que ça n'arrive plus. Et qu'on ne se donne
plus en spectacle devant les passants incapables.
dimanche 30 janvier
humain trop humain 006 : coup de sang de navet




soutenir la résistance positive

En ce moment, c'est le forum social mondial à Porto Allegre, grand'messe altermondialiste dont les clichés pittoresques ne doivent pas cacher son rôle de laboratoire des
propositions alternatives sérieuses au tout libéral d'un credo
économique en cours au forum économique de Davos. Et c'est un enjeu
majeur. Depuis une dizaine d'années, des activistes du monde entier se
montrent conscients du fait que contester et résister est bien, proposer c'est mieux
; ils échangent, prennent modèles sur les expériences des uns et des
autres. Reste maintenant à ce que leurs propositions, moins loufoques
qu'on le dit et plus objectives que beaucoup de rapports issus de
cabinets d'experts "indépendants", soient entendues à l'échelle
mondiale dans les opinions publiques et les cercles dirigeants ouverts.
N'attendons pas des USA qu'ils changent de politique consumériste
avant, disons, 4 ans, mais des forces émergentes comme l'Inde ou des
pays d'Afrique de l'Ouest ou d'Amérique du Sud peuvent constituer des
zones d'alternative effectives.
J'ai lu ce matin un article sur le site de Libé, une interview d'un producteur brésilien de soja non transgénique.
Je ne vais pas revenir sur le dossier des OGM, sur les enjeux de
privatisation du vivant et de contamination des espèces "naturelles",
juste rapporter ce que dit dans l'article cet Olivio Dambros, venu à
Porto Allegre pour obtenir des avancées concrètes. Il montre que, n'en
déplaise aux opérations de communications des firmes de semence comme
Monsanto qui patrouillent dans les campagnes brésiliennes pour
convaincre les paysans des avantages de leurs produits à l'aide de
cassettes vidéo qu'on imagine très bien faites, la culture du soja non transgénique est plus rentable que celle des variétés OGM.
Les coûts sont moins élevés et cela emploie en outre plus de main
d'oeuvre. Bien sûr, on parle là de culture biologique. Et notre homme
de conclure en disant qu'il a un marché porteur pour
le soja biologique (nécessairement non-GM), "vers l'Europe notamment où
les consommateurs ne veulent pas d'aliments OGM." Alors, bon, rappelons
le, la citoyenneté passe aussi par des actes de consommation.
Pour le soja, nous sommes peu concernés
puisque, hormis les végétariens et quelques amateurs de cuisine
originale, cet aliment n'a pas de place intéressante dans nos pratiques
culinaires. Il est en fait massivement réservé au bétail (qui consomme
de l'OGM que vous consommerez donc indirectement en mangeant ces
animaux).
En revanche, il est bon de soutenir le commerce équitable
et les producteurs qui, par le biais de coopératives, font le pari
d'exporter du bio ou du non OGM vers les pays occidentaux. Ces pays
sont soumis à des assauts importants pour se convertir à des cultures
GM ou à des élevages industriels, il convient de soutenir le refus de
certains des erreurs des économies occidentales.