dimanche 10 avril
Lo'Jo, plus humain que vous

Samedi soir, après notre escapade rennaise, nous sommes allés à Pleurtuit, pour le concert de Lo'Jo. Je n'ai pas grand chose d'intelligent à en dire. Juste que, décidément, personne ne leur arrive à la cheville.
Ils revenaient de Moscou, c'était leur dernier concert avant une pause jusqu'à l'automne, qui verra la sortie d'un nouvel album. Ce fut splendide comme à chaque fois, enchanteur, l'impression de retrouver des amis, qui ne viennent que pour donner et recevoir de l'humanité. Le concert était très bon, ils avaient l'air heureux. Moi, je l'étais. Emu, même. Trop longtemps que je ne les avais vus et entendus.
Cette troupe là, cette tribu, va à la rencontre des gens et dispense une musique fièrement batarde, forte d'une identité et d'un balancement uniques. Et ça fait 15 ans que ça dure, qu'ils prèchent dans le désert, qu'ils traversent des déserts, en semant des graines.
Après le concert, autour du point merchandising, j'ai discuté 2 mn avec le gars qui assurait la vente (je ne connais pas son nom) et avec qui j'avais déjà échangé quelques palabres il y a quelques années. C'était alors une période plus trouble (et déjà lointaine, maintenant) : n'ayant plus de maison de disque, le groupe continuait malgré tout contre vents et marées à dispenser sa musique, s'autoproduisant (le magnifique "Sin Acabar" vendu à la fin des concerts, un collector maintenant!!) parcourant l'hexagone et d'autres horizons. Moi qui les suit depuis "Fils de Zamal", qui pensait que le groupe allait disparaître, de guerre lasse, ça me fait vraiment plaisir de voir qu'ils sont plus forts que jamais, que les graines plantées poussent parfois, qu'ils commencent à être reconnus pour ce qu'ils sont, un peu partout, mine de rien et la tête haute.
Un de mes rêves : aller un jour au Festival au Désert qu'ils ont initié avec le groupe touareg Tinariwen, retrouver le Mali par ce lien musical et, dans les dunes du désert, vivre une nuit à visage humain.
soleil
Hier, je me suis retrouvé dans les rues de Rennes à déambuler, avec 4 heures à tuer. J'avais ma guitare dans le dos et, dans la poche de mon étui de guitare, mon MD et un calepin, pour travailler dans un coin du Thabor si le temps le permettait. Parce que la météo n'avait pas prévu un week-end clément, mais plutôt pluvieux, je ne comptais pas trop là-dessus.
Et puis paf, j'atterris place Sainte-Anne, et je
débarque en pleine fiesta. Du bout de la place me parviennent des
bruits de tambours, des chants, et une foule se masse par endroits.
J'aperçois des couleurs qui dépassent de ladite foule, en hauteur. En
m'approchant, je vois des gens qui se dandinent au son d'une musique
très cadencée, à base de percussions. Je me dis "tiens, serait-ce déjà
le festival Roulement de Tambours?" Au plus près des attroupement, je
découvre des gens vêtus de tenues colorées et festives, originales pour
ne pas dire farfelues, en uniformes ou pas, des mannequins
gigantesques, qui déambulent après s'être produit puis avoir laissé la
place à d'autres. La musique est excellente, essentiellement à base de
percussions en tout genre : djembés, congas, tambourins, caisses
claires, cloches, grosses caisses, Dum-Dum, et ça chante en choeur,
c'est puissant et gai, tout le monde a le sourire. Et puis ça danse.
Comme moi, des tas de gens s'arrêtent, vont d'une troupe à l'autre.
Une troupe s'arrête, je change d'attroupement. Des tas de gens vêtus de
blanc forment un cercle et chantent en s'accompagnant de tambourins en
tous genres. A l'intérieur du cercle, je découvre deux enfants qui se
battent. Enfin, qui dansent. Enfin, un peu des deux. Ils s'affrontent,
mais ne se touchent pas, se tournent autour en faisant faire à leurs
corps des pirouettes qui les enveloppent l'un l'autre au rythme des
chants et percussions. C'est de la capoera, bien sûr. Des adultes
prennent le relais, puis des ados, puis à nouveau des enfants, à qui on
ne donne pas plus de 6 ans. Certains sont de véritables experts, des
athlètes, des esthètes du corps en circonvolution permanente. Et ce qui
me séduit le plus, c'est que les chants puissants qui accompagnent ces
successions de combats dansés sont d'une beauté toute simple, repris
en choeur par l'ensemble des danseurs. Cet art est un tout. Je reste là longtemps.
Au
bout d'un moment, on vient faire comprendre aux "lutteurs" qu'il est
temps d'arrêter, que le défilé va se mettre en place. C'est alors qu'on
voit que se prépare un carnaval des plus incongrus, à Rennes. Les
troupes se sont mises les unes derrière les autres, les mannequins
géants jouxtant des mamies en tenue créole, les danseurs de capoera accompagnant des danseuses complètement nues et vaguement décorées de 2
ou 3 petits bouts de tissu à paillettes. Impressionnant! Au bout d'un
moment, ça se met en branle, d'étranges oiseaux colorés dépploient
leurs ailes de tissus et apostrphent les badauds, les gens dansent,
tapent sur leurs tambours et se répondent, se bousculent, jouent de
mimiques pittoresques, bref c'est de la joie à pas cher qui s'offre à
tous. Et il fait très beau. Peut-être pas longtemps, mais il y a un
superbe soleil au dessus de nous (qui doit faire plaisr au danseuses
dévêtues, parce qu'un rhume de fesses, ça n'est guère plaisant), il fait presque bon.
Je suis le cortège, tout le monde à son passage est accroché, suit au
moins du regard, sourit, montre du doigt tel ou tel élément de ce
défilé inattendu. Ce qui est étrange, néanmoins, c'est que quand on se
trouve à un endroit où passent des danseurs assez distants des
formations de percussions, ils dansent quasiment dans le silence. Les
gens les regardent passer, ils sourient, ça leur fait plaisir, mais pas
un n'aurait l'idée de taper dans les mains. Et les danseuses passent,
se trémoussant sur un rythme qu'elles ont dans la tête, offrant leur
sourire à la cantonnade, et ne recevant que des regards en retour.
J'appalaudis en rythme, quelques personnes prennent la balle au bond et
répondent, heureux que quelqu'un ait "osé" prendre l'initiative, mais
le mouvement, si naturel, de partage rythmique avec ceux qui déambulent
pour nous, ne se propage pas assez.
Quittant tout ça pour aller
prendre un verre dans un de mes cafés de prédilection, je finis par
croiser une affiche dans une vitrine, qui annonce "Breizh-Brasil" et
liste les compagnies participant à l'événement. Un grand merci en tout
cas à ceux qui ont amené le soleil. Il repart déjà, on a ce qu'on
mérite, au bout du compte, mais c'est toujours ça de pris.
mardi 05 avril
le pied à l'étrier
C'est en discutant que c'est arrivé. Un collègue remplaçant connu l'année dernière, par ailleurs bassiste dans un groupe de musique traditionnelle bretonne, retrouvé cette fois à l'occasion d'une manif récente (ah, ces feignasses d'enseignants, décidément...). On parlait de son groupe, Piler lann, et puis, rien à voir, de mon envie de jouer avec d'autres musiciens pour sortir de la formule guitare voix. Il m'avait alors dit que leur guitariste étant absent pour un concert en août, je pouvais toujours venir voir si ça m'intéressait de jouer les bouche-trous. A condition, bien sûr, de s'enquiller la vingtaine de morceaux que compte le répertoire du groupe. Un mois plus tard, Eric m'a recontacté pour m'inviter à une de leurs répétitions. Vendredi dernier, dans un bout de sa longère isolée, j'ai vu et entendu ce que ça donnait.
Trop timide (et pas branché, ce qui était bien pratique) pour jouer, j'ai surtout écouté les 4 instrumentistes présents (basse, violon, flute, accordéon diatonique, le guitariste était absent !), tous plus âgés et surtout plus expérimentés que moi. En repartant, un brin épaté et en même temps intimidé, mais séduit par la joliesse des morceaux et conforté dans l'idée que ça pouvait le faire, j'ai parcouru les kilomètres nocturnes qui me séparaient de mon chez nous. Je me suis planté deux fois de chemin, j'ai fait de la route à rallonge, en me disant qu'il allait falloir se retrousser les manches et en réalisant que je n'étais même pas sûr de vouloir monter sur scène.
Et puis bon, bien sûr que si. Pour produire et partager le plaisir. Surtout dans une formule, le groupe, et un registre, la musique trad, qui ne se focalise pas sur le guitariste. Timidité et égo y trouveront un même étouffoir. Reste à assurer, reste à bosser. Pour le moment, au programme, 8 morceaux : an dro, ridée 6 temps, valse norvégienne, mazurka, suite plin, scottish, laridé, suite de Loudéac. Rendez-vous dans 15 jours, on verra bien.
samedi 02 avril
Ben Harper & the blind boys of Alabama

Parmi les grandes amertumes de ma vie, il y a l'évolution de la musique de Ben Harper (ce qui, en soi, est rassurant, parce que si c'est ça, une grande déception de ma vie, ça reste encore pas bien grave, je trouve). Ce type, découvert par hasard une nuit par le clip de son premier morceau "Whipping Boy" (aujourd'hui encore un de mes préférés), a eu un impact sur moi assez déraisonnable mais profondément positif. Son folk blues très roots, enraciné avec sobriété dans les fondements de l'âme humaine, tapait avec justesse et sans chichi, avec un son puissant et fin à la fois. C'est un peu comme si j'attendais ça depuis longtemps : de l'accoustique vivant, à la fois débordant et retenu, une attitude humble et des paroles qui, pour n'être pas du Joyce, n'en étaient pas moins porteuses de choses dans lesquelles on peut se reconnaître. Plein de dignité, assis pour jouer et très droit malgré tout. Et la weissenborn, bon sang, quel son...
Pour l'avoir ensuite vu au printemps de Bourges en 94, avec Juan Nelson, Leon Mobley et Oliver Charles, première mouture (la meilleure, selon moi) des Innocent Criminals, j'ai eu la révélation d'un artiste porteur d'une spiritualité musicale évidente, sensuelle et incarnée, donc mystique. Et je suis quelqu'un d'assez mystique, on ne se refait pas. Et puis quelqu'un se référant autant à Jimi Hendrix qu'à Bob Marley ou (mais c'est moins connu) à Kurt Cobain ne pouvait que m'intéresser. Mais ça a fait bien plus que m'intéresser. Succédant à "Welcome to the cruel world", "Fight for your mind" a enfoncé le clou. Je l'ai revu à Saint-Brieuc puis surtout à L'Olympia. J'étais à Paris et, à un moment où sans le savoir, j'en avais besoin plus que de coutume, sa musique a accompagné mon quotidien, l'a fortifié. Et puis après, lentement, vint la désillusion de la dispersion.
Au lieu de continuer à cultiver son identité en forgeant à partir des ses muliples influences, il s'est mis (selon moi) à les explorer en s'adonnant à des exercices de style où on retrouvait de moins en moins ce qui faisait sa spécificité. "The will to live" marquait l'arrivée d'une nouvelle équipe (ne demeurait que l'indispensable Juan Nelson à la basse), au groove fadasse et vaguement stoner. Bon album malgré tout. Les suivants, en revanche... marqués par de bonnes compos enregistrées de façon complètement inintéressante, ils n'ont fait que confirmer une certaine forme de complaisance parallèle au succès grandissant de M. Harper dans son propre pays. Solos de guitare complètement inconsistants, production très "blanche" et plate, folklore caricatural... Moi, j'ai laissé filer...
Jusqu'au dernier, enregistré avec les vieux gospel singers que sont les Blind Boys of Alabama, avec qui il avait déjà collaboré plusieurs fois, notamment sur leurs propres disques. Alors bon, la production reste très lisse et fade, c'est léché mais sans identité, en revanche l'interprétation de Ben harper et de ses invités est assez magistrale et les morceaux réussis. Très porté sur la religion (normal pour un album de gospel), sans pour autant donner dans la bondieuserie de 4 sous, c'est avant tout un recueil de bonnes chansons enregistrées vite et donc spontanées, fraiches. mention spéciale à Well well well, un reprise très incarnée. Bref un bon disque, sans plus d'accord, mais c'est déjà une bonne nouvelle, parce que moi je commençais à ne plus attendre grand chose...
jeudi 31 mars
la complainte du pauvre type fatigué
Retour d'insomnie. 4 heures de repos avant un débarquement en terre hostile, à savoir une journée de travail. Et ça se passe moyen. A l'heure qu'il est, on a fait une moitié de journée et je sais comment répartir les responsabilités de ce qui n'a pas été. Les mômes se sont montrés agités mais pas tant que ça et moi, surtout, j'étais fatigué donc un peu sur les nerfs et j'ai râlé plus que de raison. J'ai crié, même, et d'emblée ça place la gestion du groupe sur un terrain qui ne me va pas. Je ne tolérais pas grand-chose au niveau bruit, je perdais du temps à recadrer des attitudes plutôt que de laisser filer et de se concentrer sur le déroulement des activités, bref tout le monde a payé mon manque de tolérance et de patience.
En début d'année, quand j'organise ma réunion de rentrée et que j'explique aux parents mes attentes par rapport à eux, j'insiste toujours sur 3 points fondamentaux : l'encouragement et la valorisation de l'enfant, l'assiduité et le sommeil. Un enfant qui arrive le matin avec les yeux cloqués par une nuit trop courte, que voulez vous que j'en fasse? Eh ben, n'empêche, avec moi c'est pareil. Cadrer, guider, emmener une classe demande beaucoup d'énergie. C'est indéniable. Même quand j'arrive en forme le matin, il arrive des soirs où je m'allonge pour 10 minutes en rentrant del'école et où je me réveille deux heures plus tard. Un groupe, surtout s'il est puéril et agité comme le mien cette année, ça pompe une énergie énorme. Alors il faut apprendre à être raisonnable, se résoudre à se coucher tôt, chose que je n'ai jamais su faire avec constance.
Moi, je suis presque content quand je n'arrive pa sà dormir, quand je suis obligé de me relever, de guerre lasse, après 2 heures à me retourner comme une crèpe dans le lit. Quand, dans le silence dans lequel il convient de rester et qu'il est bon d'intégrer, on se met à écrire, lire, boire un coup, écouter de la musique sous le casque, se défouler physiquement, chiper des moments gratos et ensuite, pas vraiment fatigué mais se sentant davantage prêt à succomber, on retourne se glisser sous la couette. Il reste alors en général trop peu de temps pour vraiment bien dormir, mais ce n'ets pas bien grave. Ben, des fois, on paie cash, et les journées sont laborieuses. Vivement ce soir. Sauf que ce soir, on est de sortie...
lundi 28 mars
Ciarran O'Carolan

Je vous présente mon enfant de la journée, en l'occurence un personnage du jeu de rôle "les secrets de la 7e mer". Nous sommes allés chez un couple d'amis à l'autre bout du département, aujourd'hui, pour manger, réparer un pc et voir comment le ventre de la dame se gonfle, mais aussi pour créer des personnages pour la partie de samedi soir (et nuit). L'occasion pour moi de renouer avec ma passion d'antan, trop longtemps remisée au placard. Ah, c'est pas Ju qui me dira le contraire, on en a passé des journées, des nuits, des week-ends, voire des récrés à faire vivre nos aventures protéiformes, pendant une dizaine d'années.
J'avoue sans honte aucune que c'était même mon loisir favori. Le jeu de rôle a ouvert plein de portes précieuses dans ma personnalité. Avec lui, je me suis éloigné sans regret de plein d'autres choses pour les vivre au travers de ce filtre, celui de l'imaginaire à tisser en freestyle collectif, autour d'une table et d'une même envie, celle de partager un moment fort et amusant. Avec le temps et les changements géographiques des uns et des autres, les occasions de faire vivre cette passion ont diminué, au point qu'aujourd'hui, je ne sais même plus où sont rangées mes fiches de personnages et que livres de règles, dés et scenarii sont rangés dans leur coin, attendant de nouvelles mais improbables heures de gloire... Toujours est-il que j'ai, comme à chaque fois, ressenti une sacrée excitation à faire naître une personnalité, un parcours, un personnage prêt à se lancer dans un univers que je ne connais pas, car je n'ai jamais joué encore à la "7e mer". Contexte pseudo historique d'Europe de l'époque moderne, dans une ambiance de cape et d'épées rocambolesque et haute en couleur. Bretteurs, pirates, princesses en détresse, expéditions improbables, complots et duels en pagaille nous attendent.
Mon personnage, je l'aime déjà. Au début, je l'ai griffonné tout en prenant des notes, à mesure que je l'imaginais, et il ressemblait à ça :
Et puis, comme je l'ai doté, outre des avantages "dur à cuire" et "impossible à souler" (c'est un Irlandais, quand même), de celui nommé "beauté du diable" (on ne se refuse rien), j'ai refait sa frimousse en conséquence. Mystique solitaire et hédoniste épris d'humanité et de voyage, c'est un médecin fin bretteur rompu à la lutte et au pugilat, bref ça promet! Vivement samedi!
vendredi 25 mars
le petit monde du végétarisme expliqué aux impurs en dix leçons 02

Allez, on remet ça, même pas peur. En plus, je vais essayer de faire succinct. Si si, vous allez voir.
2/10 les carences alimentaires
Etant
donné que, stricto sensu, comme vu précédemment, le végétarisme n'est
qu'un choix alimentaire, abordons un peu la question des conséquences
de ce choix. D'autant que la première question (et souvent la seule,
mais c'est l'arbre qui cache la forêt des préjugés) qu'on pose en
apprenant que je suis végétarien, c'est :" ah mais t'as pas des
carences?" Et toi, ducon?
- l'homme est omnivore.
Par
là, on entend qu'il peut manger de tout. Ensuite, sur l'interprétation
de cette simple phrase, ça se complique. Certains pensent (comme moi)
qu'il peut piocher ce dont il a besoin dans une alimentation végétale
ou animale. D'autres s'évertuent à penser qu'être omnivore implique de
piocher dans les deux obligatoirement et qu'occulter l'une des deux est
forcément néfaste. L'observation des effets d'une alimentation sans
viande dans des sociétés qui comportent de nombreux végétariens depuis
longtemps montre que ces derniers vivent très bien et ne rencontrent
pas de problèmes de santé particuliers. Au contraire, ils sont épargnés
par certains (le choléstérol, mais pas seulement). Par ailleurs, si
notre dentition montre bien à quel point nous sommes aptes à manger
comme des herbivores et comme des carnivores, en revanche notre système
digestif est plus proche des premiers que des seconds. Digérer de la
viande implique un circuit digestif très court (c'est le cas des lions,
par exemple) afin que la viande n'ait pas le temps de pourrir avant
d'être digérée. Les carnivores humains ont en général pas mal de viande
en décomposition dans le ventre, mais on s'en accomode plutôt bien...
le plus souvent.
- l'équilibre alimentaire
Une
chose est certaine, être végétarien n'est absolument pas incompatible
avec une alimentation équilibrée. Tout ce qui est bon dans la viande
(en termes nutritifs, s'entend) se trouve également ailleurs. Pour le
végétalisme, qui exclut aussi produits laitiers, oeufs et miel, c'est
un peu plus compliqué, mais on en reparlera une autre fois. La notion
d'équilibre alimentaire est fréquemment évoquée par des gens qui la
mettent peu en pratique. Si, encore une fois, on peut très bien etre
végétarien et manger mal (ce qui est vrai aussi des carnivores), en
revanche se poser la question d'une alternative dans la composition des
menus amène à réfléchir et à s'ouvrir sur d'autres produits, voire à
leur refaire une place plus importante. Le frais notamment. Légumes,
fruits, céréales, mais pas seulement.
Ce qu'il faut se dire,
c'est que l'équilibre alimentaire est un objectif qui ne connait guère
la perfection, un idéal vers lequel il faut tendre, quel que soit son
rapport à la viande. Il faut vivre son alimentation de façon épanouie,
alliant plaisir donc excès et un certain suivi au quotidien. Qu'on
aille pinailler avec de prétendues carences (inexistantes, c'est avéré,
pour peu qu'on se donne la peine) quand les 3/4 de la population
mangent mal ou trop, c'est un peu de la mauvaise foi.
Bon, stop.
Aborder
le végétarisme sous l'angle des carences est idiot. C'est une question
naturelle car la médiatisation de ce choix alimentaire passe souvent
par ça, mais il est grand temps d'aller au-delà des idées reçues à 3
francs six sous.
mercredi 23 mars
et maintenant, quelques considérations ennuyeuses...
Je discutais hier avec Ju de notre perplexité devant le vote à venir sur le traité constitutionnel européen. De la façon dont, sans avoir lu un texte qu'on sait délibérément rédigé de façon difficile d'accès, on glisse vers le non par ras-le-bol du paternalisme des partisans du "oui", par ras-le-bol de la politique du gouvernement et du manque d'écoute qu'il manifeste, par défiance d'emblée envers les grands pas européens, bref pour des raisons qui ne relèvent pas de l'étude de l'enjeu réel. On a donc d'un côté l'UMP et le PS qui, hormis des franc-tireurs, nous servent un discours lisse et vide avec de vagues promesses peu convaincantes et des menaces d'isolement et de régression (bref on nous prend pour des cons), de l'autre un fatras de partisans du non qui, entre les souverainistes régressifs (pléonasme, surtout au XXIe siècle) et les gauchos systématiques (ils ont peut-être raison mais on les attendait tellement dans cette posture qu'on les écoute à peine), ça ne donne pas envie de se prononcer.
En tout cas, il existe une plate-forme (ici) où tous les tenants du "non" trouvent leur parole relayée. J'attends de trouver un espace équivalent (c'est à dire constructif et argumenté) pour le "oui". Il y a aussi cet article de Libé qui montre à quel point, loin d'être un facteur d'isolement et un "non" à l'Europe, le "non" français pourrait être fondateur. En ce qui me concerne, je n'ai toujours aucun avis sur la question...
mardi 22 mars
la vérité est ailleurs
lundi 21 mars
manifeste préposthivernal
Beaucoup se sont vite, comme moi du reste, bien vite réjouis de l'arrivée de la chaleur. Vautrés en terrasse dans leurs plus petits atours, ceux qui naguère (c'est à dire pas plus tard que la veille, mais j'aime bien utilise le mot naguère) s'emmitouflaient dans leur doudoune en grognant s'adonnaient en toute impunité aux joies presqu'estivales que permettait ce week-end inespéré. Ben oui. Mais ayons une pensée pour l'hiver.
Il n'a pas dit son dernier mot, c'est sûr , il va nous en remettre un coup, genre baroud d'honneur et j'en connais qui vont cumuler coups de soleil et rhume carabiné, mais tant pis pour eux. Il est sur le départ, l'hiver, et moi j'en ai déjà un avant-goût de nostalgie, parce que j'aime cette saison. Elle rend triste, cette fichue saison, elle fait penser à la mort, tout le monde attend qu'elle passe, "que la vie repprenne ses droits". Mais bon sang, comme la mort fait partie de la vie, l'hiver aussi participe à un cycle qu'il faut appréhender en entier. Sinon, c'est vivre à moitié.
Moi, j'aime le froid, bien sec, avec les soleils vifs qui percent, bien plus aigus qu'en été. J'aime la pluie, j'aime la grèle, les temps de chien, la gadoue et, parfois, quand on a été sage, un peu de neige pour se mettre de la magie môme dans les mirettes. J'aime faire gaffe au verglas, avoir une voiture crassoue à cause des intempéries, j'aime me réfugier au chaud dans un troquet ou auprès d'une cheminée, j'aime avoir les doigts engourdis, boire de la soupe, voir les paysages racornis, désertés ou fuis par les froussards et les frileux, j'aime les vêtements chauds, les moments de convivialité dans le repli, le tous ensemble...
J'aime ce qui va disparaître, et puis revenir. J'aime ce qui me fait apprécier le renouveau d'autres moments, j'aime accepter l'idée qu'on va devoir se passer de certaines choses et être contraint à en voir d'autres. J'aime quand il fait beau, me prélasser en terrasse et voir le sourire sur la figure des gens qui laisssent leurs peaux se gorger d'air et de chaleur. J'aime le reste aussi. En un tout, un cycle, un ensemble qui ne tient que complet.
