mardi 23 septembre
Festimanif, Nantes le 20 septembre : affligeant, enthousiasmant ?
Comme je l'avais expliqué un peu plus tôt, j'avais choisi de répondre présent à l'appel d'une quinzaine d'organisations bretonnes pour manifester contre un projet de loi idiot et dramatique visant à régenter la pratique culturelle amateur, et pour montrer la vivacité festive de la culture régionale par un concert/fest-noz gratuit et ouvert à tous. Le moins que l'on puisse dire, c'est que mon avis sur l'évènement est pour le moins mitigé.
Quand j'ai rejoint le site central, sur l'île de la Gloriette de Nantes, j'ai vu commencer à s'agglomérer des gens pour le moins hétéroclites (mais jusque là pas de souci, la société est faite de choses dépareillées et c'est très bien comme ça), parfois hauts en couleurs, arborant bien haut les couleurs et les attributs parfois caricaturaux de la Bretagne ou de la "culture celte". Dans l'ensemble c'était une foule bigarrée et tranquillement très digne, aussi diverse que celle que l'on rencontre dans les festou-noz en termes de générations, de classes sociales ou d'horizons divers. 1001 façons d'être breton, sans la ramener le plus souvent. Le contexte de la manifestation se prêtant à la revendication de sa culture, les t-shirts à message et autres ornements identitaires étaient en nombre, comme on peut s'y attendre. Là où je commençais à tiquer, c'est en voyant le nombre croissant de pancartes ou de messages appelant à la réunification de la Bretagne. Il y avait aussi une jeune-anar-mobile diffusant en boucle et à fond le morceau des Ramoneurs de Menhirs mêlant Bella Ciao et l'hymne de l'ARB sur fond de punk-noz. Bref, les braillards simplistes semblaient décidés à prendre de la place.

Mais bon, on était à Nantes, dans cette Loire-Atlantique artificiellement rattachée aux Pays de la Loire en 1941 par Pétain et en malaise identitaire depuis.
C'est quand la manifestation proprement dite s'est mise en branle que c'est devenu vraiment n'importe quoi. Il y avait beaucoup de gens, ça faisait plaisir. Plus tard, on dira 5 000, ou 10 000. Venus des 4 (5?) coins de la Bretagne, avec des accordéons, des cornemuses, des bombardes, et des bagadou entiers venus offrir leur répertoire à la rue pour afficher la vivacité de la musique et de la pratique amateur.
Et ça aurait pu être très bien, convivial et digne. Mais on n'a très vite entendu que des cris réclamant le rattachement de la Loire-Atlantique à la région Bretagne. De la défense de la pratique amateur, pas un mot, presque aucune pancarte, pas un slogan. Mais des jeunes cons aboyant des slogans idiots et agressifs, ça oui. Bref florilège : "face à la propagande des Pays de la Loire, agissons et sabotons", "pays de la Loire, pays bidon, Loire-Atlantique, pays breton", "Pays de la Loire, va te faire voir" et autres joyeusetés simplificatrices et méprisantes envers les régions avoisinantes. On rejoignait là la frange la plus infecte du repli identitaire, avec des relents non-dits (mais assez explicites formulés comme ça) de supériorité de la culture bretonne sur les autres. On sentait pleinement des gens pas suffisamment sereins dans leur identité pour juste la montrer avec générosité et fierté, mais la proclamant avec hargne et rejet du reste. D'où certaines scènes lamentables avec des gens criant au défilé, depuis leur balcon : "mais on n'est pas bretons !", "fachistes à biniou!" et autres crachats verbaux qui ne faisaient qu'attiser une confrontation stérile. D'où, aussi, un certain malaise de beaucoup de manifestants, j'imagine, qui étaient venus, comme moi, pour parler d'autre chose. Certains en riaient gentiment, inventant des slogans comme "La Brière aux Vendéens", ou "Limousin indépendant".
Mais personne n'a réagi. L'organisation n'a pas freiné cette récupération. Il y a là une vraie responsabilité dans ce qu'allait en retenir la population nantaise et les médias suivant le défilé. Comme j'allais le comprendre par la suite, le débat sur la réunification avait bel et bien sa place dans l'évènement; mais, en revanche, que le thème principal de la manifestation soit complètement absent des affiches et des slogans montrés à la population, c'est absolument lamentable. Pour ma part, quelle que soit mon opinion sur la réunification, je n'étais pas venu pour ça, mais pour un sujet à la fois universel et beaucoup plus concret en termes de conservation et vitalité de l'identité culturelle bretonne. J'ai trouvé cette déviance insupportable et j'ai quitté le défilé, pour me promener (et me calmer) dans les rues de Nantes la jolie.
Vers 16h30, j'ai rejoint le site central avec les manifestants, pour y entendre les discours des organisateurs et la musique. Là, je dois dire que mon avis, avec l'information plus complète que j'y ai reçue, a été un peu tempéré. En effet, j'ai trouvé les discours des organisateurs, qui sont pour la plupart des acteurs importants de la vie culturelle locale, à petite ou grande échelle, particulièrement intelligents, intelligibles et clairs.
J'y ai appris notamment que le projet de Mme Albanel visant à encadrer dans un carcan légal les pratiques amateurs était visiblement abandonné (semble-t-il définitivement, mais soyons vigilants, ce genre de choses resurgit sous d'autres oripeaux de façon récurrente). Ce qui justifiait que d'autres thématiques soient davantage mises en lumière, que d'autres revendications soient affichées avec plus de force.
Pour défendre la culture bretonne, le transfert de compétences de l'Etat vers les régions est d'autant plus cohérent que les présidents de région n'auraient jamais été assez déconnectés de la réalité de leurs administrés pour pondre un projet comme celui sur les pratiques amateurs (alors que l'Etat, lui, l'a fait). Une attitude cohérente des tenants officiels des régions concernées par la culture bretonne peut effectivement passer par un travail commun que consacrerait le rattachement de la Loire Atlantique à la région Bretagne, ce que semblent appeler de leurs voeux les présidents de région et de département concernés, MM. Le Drian et Mareschal.
Mais il demeure un décalage, je n'en démords pas, entre ce qui était prévu et ce qui s'est déroulé. Sur le site internet présentant officiellement la Festimanif, il n'était pas question, sinon de façon très logiquement marginale, d'autres enjeux que celui de la sauvegarde de la pratique amateur. Et même si tous les artistes qui ont suivi ont pu parler d'une même voix en conformité avec l'ensemble de la manifestation et évoquer autant la réunification que le projet de loi abandonné et l'importance des passerelles entre amateurs et professionnels, l'importance du rôle des évènements amateurs dans la survie de la pratique culturelle locale, qu'en retiendra-t-on, de cette festimanif? Ceux qui y ont assisté sont de deux ordres : ceux déjà convaincus et informés, qui ne changeront pas d'avis. Et les autres. Qui seront sans doute, je le crains, peu convaincus par les manifestations verbalement agressives et bêtement caricaturales qui se donnaient en spectacle en toute impunité sans qu'aucun versant plus réfléchi et nécessairement nuancé donne de la voix.
Que garderont en tête ces gens, ceux qu'il faudra éventuellement convaincre au moment d'un référendum sur l'appartenance éventuelle de la Loire-Atlantique à la Bretagne ? Je parlais il y a peu des attitudes jacobines d'un autre âge qui motivaient le mépris envers une culture bretonne ouverte et n'ayant pas peur de s'offrir au monde. J'ai vu samedi dernier des crachats identitaires des plus malsains, de la bêtise comme seule une foule débridée peut en manifester. Les gens retiendront peut-être, c'est à craindre, cette conception d'un autre âge de la Bretagne. Comment obtenir une autonomie légitime comme d'autres régions d'Europe ont su la développer (régions espagnoles, allemandes, Ecosse...) en ne présentant qu'un visage aussi fermé? C'est dommage.
Pour le reste, les performances des artistes étaient globalement très bonnes. Avec, quand il y en avait, des discours politisés sans excès mais fondés, et surtout ce que j'attendais de l'ensemble de la manifestation, à savoir la démonstration d'une vivacité culturelle et musicale qui parle bien mieux que des slogans. De chanson ou musique à danser très "trad " à des formes plus émancipées et moins conservatoires, la fête était là, et la belle unité d'une identité culturelle évidente.
Après une prestation sympathique et enlevée du bagad de Nantes,on a ainsi vu défiler les Tri Yann, l'excellent (mais trop court) duo André Le Meut-Samuel Le Hénanff, Gweltaz Adeux, Nolwenn Korbell et Didier Dreo, un trio de kan ha diskan d'enfants assez formidable (les kanfarted je ne sais plus quoi (désolé)), Gilles Servat, le non moins excellent Pascal Lamour, les non moins formidables Baragouineurs, ainsi qu'un duo guiatare-violon et un groupe de chanteuses, deux formations vraiment pas mal mais dont je n'ai pas retenu le nom (re désolé).
Tout cela nous a emmené jusqu'aux alentours de 23h, soit assez franchement tôt pour un fest-noz, assez franchement tard pour une manifestation. En rentrant, les impressions étaient contradictoires. L'ensemble de l'évènement avait une certaine cohérence et une vraie légitimité, mais qui aura-t-il convaincu en dehors des gens déjà interpellés par ces enjeux, voire déjà convaincus? Je ne sais pas. Le lendemain, l'article du Télégramme (voir aussi ici), contre toute attente, donnait une vision de tout ça assez différente de la mienne, et plus conforme à ce que j'aurais espéré de prime abord. Tant mieux, quelque part. Pour le reste, je préfère en rester à l'esprit dans lequel j'en suis sorti, après avoir dansé un petit laridé de derrière les fagots.
jeudi 18 septembre
Danger sur la pratique amateur, la culture et la vie locale...

Comme j'espère beaucoup d'autres, je serai samedi 20 septembre à Nantes dans le cadre de la "Festimanif" organisée par une quinzaine d'organismes et associations de Bretagne. Je reparlerai de l'évènement proprement dit après-coup, mais au-delà du cadre breton, les raisons de la mise en place de ce genre de moment ont de quoi interpeler beaucoup de gens, parce qu'elles touchent à un des fondamentaux de la vie culturelle et de l'épanouissement personnel, à savoir la pratique amateur.
Un projet de loi gouvernemental a en effet pour objet de "règlementer" la pratique amateur, c'est-à-dire l'exercice d'activités dans le domaine culturel (pouvant donner lieu à des représentations ou des manifestations à caractère public) à titre bénévole ou en tout cas non professionnel. Les associations organisatrices d'évènements socio-culturels auraient ainsi pour obligation de déclarer tout participant audit évènement et d'oganiser salaire, charges et taxte pour chacun d'entre eux. Ce poids administratif et financier, dont on ne voit pas trop la raison d'être (qu'on m'explique, je suis tout ouïe...), aura à coup sûr pour effet d'étouffer la spontanéité et la capacité à mettre en place de tels évènements, dans un cadre souvent convivial et qui contribue au tissu culturel et plus largement humain d'une communauté, aussi bien en milieu urbain que rural.
Si ce projet est réalisé, demain, vous qui faites partie d'une troupe de théâtre amateur, vous qui chantez dans une chorale ou jouez du tromblon dans la fanfare du coin, et qui voulez participer à des moments de partage avec le public sans en passer par des structures pro, ce sera ou bien particulièrement compliqué, ou bien carrément impossible. Quid de la passerelle entre amateur et pro? Quid du plus important dans l'histoire, à savoir ce que ce genre de pratique apporte à tout un chacun, participant ou spectateur?
Evidemment, dans le contexte breton, ce projet résonne d'une façon encore plus intolérable. D'une part parce que la France s'obstine par ailleurs à un mépris jacobin d'un autre âge envers les cultures régionales, à l'encontre des formes de reconnaissances que développent des pays européens pourtant pas minés dans leur identité nationale pour autant. D'autre part parce que la pratique amateur est ici le ciment, le ferment et le fondement de toute la vitalité de la culture locale. Associations, concours, festou-noz, cercles, bagadou, comités locaux en tout genre contribuent à l'émulation toujours renouvelée pour la culture spécifique de cette région. Sous toutes les formes d'expression possibles, l'identité bretonne s'est conservée et ouverte au monde pour une enrichissement mutuel au travers d'initiatives modestes ou ambitieuses qui ont fait sa force. Sarthois d'origine, je mesure avec une certaine acuité à quel point cette vitalité est enviable en termes d'identité, et à quel point il est idiot de la concevoir comme une menace communautariste.
La culture est faite par les gens, petitement ou pas, gratuitement ou pas, au quotidien comme au travers d'évènements forts, la règlementer de la façon qui s'annonce serait la tuer purement et simplement. Chacun comprendra bien d'une part que ça ne concerne pas que les bretons et leurs satanés binious, mais bel et bien tout le monde, et d'autre part que si on tue le fondement de la pratique culturelle, le reste mourra aussi. Et la culture sera cloisonnée, étanche et professionnalisée-aseptisée, et l'on la donnera au peuple comme du grain pré-mâché au bétail.
Rendez-vous à Nantes (ou à Paris, il y a un équivalent d'organisé) à partir de 14h pour une manifestation faite de revendications légitimes et de festivités musicales en tout genre, pour montrer l'énergie et la spontanéité conviviale d'une culture populaire qui n'entend pas s'accommoder de carcans sectaires.
PS : pour en savoir plus, allez ici ou bien là.
vendredi 12 septembre
con comme un internaute
Comme je suis dans une phase où je retâte un peu du net, où je remets le nez dans les effluves pourtant souvent fadasses des écrits bloggesques de mes contemporains, je ne peux m'empêcher d'ouvrir le bal de mes propres "nouvelles" chroniques-qui-n'engagent-que-moi en citant amplement le point de vue d'une autre que, une fois n'est pas coutume, je fais complètement mien. Il s'agit d'une tribune de Manu Larcenet à propos du web 2.0 et plus généralement de cette attitude qui consiste à donner la parole aux cons en appelant ça de la démocratie participative en action. Je cite des extraits d'un tout qui se trouve là, et puis je commente :
"Je le dis tout net, le Web 2.0 est une escroquerie. Franchement, qui a lancé cette mode burlesque qui dit que chacun se doit d’avoir un avis sur tout et qu’en sus, il est nécessaire de l’exprimer publiquement sous couvert de citoyenneté et d’anonymat?
En quelques années
qui resteront une tâche sombres dans l’histoire pourtant déjà chargée
de l’humanité, l’étalage de sa propre pauvreté d’esprit est devenu le
comble de la modernité…[...]
« L’ère du tout puissant commentaire » est à nos portes, camarades! Les incompétents se ruent à l’assaut des places fortes de la culture, de l’information, des sciences, de la politique, de la philosophie, de l’Art, même! Et ils vont gagner, bien sûr, parce qu’ils sont les plus nombreux!
Camarades, on veut
nous faire gober que la fin des « spécialistes » entrainera l’avènement
des petites gens, que nos avis compteront enfin et que c’en sera fini
des élites! Mensonges! Illusions que tout ça, bordel! Hubert Reeves
sera toujours plus pertinent en matière d’astrophysique que moi. Si si.
Tiens, puisqu’on
en parle, il arrivera le moment où le même Hubert Reeves sera renvoyé
dans les cordes par Monsieur Zobi123 d’un cinglant « LOL! C pa paske G pas de 10plomes que je doigt me taire! C sa, la liberT d’espretion, sale sarkoziste ». Et la foule applaudira son hérault parce qu’il aura réduit le savant à rien, c’est à dire à la portée de chacun. Et Hubert Reeves
s’en retournera, confus et le regard sur ses pompes, à l’étude de ses
chers trous noirs ce qui fera, espérons-le, au moins plaisir à sa femme. [...]
Alors , maintenant, lorsque je tombe sur un site où l’on prie au passant de s’exprimer sur tout et n’importe quoi, je tourne les talons virtuels et je rentre à ma maison. Dans le « Web 2.0 », c’est quand même le « 0 » qui prend le dessus."
Là où je rejoins tout à fait le sieur Larcenet (qui pour fort en gueule qu'il soit n'en est pas débile pour autant, la preuve), c'est qu'il y a là une duperie intellectuelle. Dans cette démarche de faire croire aux gens qu'ils vont avoir un poids en laissant un commentaire en bas d'un article de presse ou sur un formum quelconque, on a la même chose que dans le politiquement correct ou le :"la guerre c'est mal", c'est-à-dire une démarche idiote servie par une idée évidente. Moi aussi, j'ai laissé des commentaires ou mon avis deci de là sur le net, j'étais assez content de pouvoir réagir à la lecture de certains écrits, mais je ne le fais plus trop. D'abord parce que ça n'a qu'un poids relatif et d'autre part parce que, comme le dit Larcenet, quand ça en a (du poids) ça participe d'un hold-up où tout le monde perd. Quand tout le monde s'exprime, force est de reconnaître qu'on perd beaucoup de temps à s'y retrouver entre la majorité de gens qui n'ont rien à dire, ou des banalités, ou des choses outrancières, et de vrais interlocuteurs informés, éclairés même, dont la voix ne perce pas dans la foule.
Là où ma voix diffère de celle de Larcenet, c'est que je crois quand même que ça participe d'un processus démocratique. Bien entendu, Hubert Reeves perdrait beaucoup de temps à contredire toutes les idioties qu'on pourrait lui opposer. Il en a la carrure intellectuelle et le crédit, mais quelle perte de temps et d'énergie ! Heureusement que tous les experts ne se confrontent pas quotidiennement sur le net à leurs contradicteurs fiers de leur opinion mal façonnée. Mais la confrontation des idées a quelque chose de positif, nécessairement. Parfois contreproductif, c'est clair.
La démocratie locale et participative, la vraie, elle est compliquée, elle fait perdre beaucoup de temps et d'énergie dans des débats laborieux quand parfois il serait plus simple de faire taire tous les gens qui, sans être cons ou bornés, ont juste un avis digne du café du commerce. Mais ça peut être fructueux de se contraindre à ce dialogue. Quand ce n'est pas un dialogue de sourds.
Sauf que le net n'est pas un espace où tout encourage à se respecter, à dialoguer durablement dans la nuance et l'honnêteté intellectuelle. Les gens qui se drapent de beaux principes inapplicables ou qui avancent des théories fumeuses pour réclamer la tête de Domenech, le retour de la monarchie ou qui donnent dans l'antisarkozysme obsessionnel, tout cela fait une mare épaisse et médiocre que, comme d'autres, je fuis de plus en plus. C'est dommage, peut-être.
Mais, comme devant d'autres grands poncifs sur la société moderne où le consomm'acteur est encouragé à donner de la voix, je suis peu enthousiaste et je retourne plus volontiers à mon jardin en coupant la connexion internet. Sauf que beaucoup de choses, désormais, seront façonnées par les gens qui savent s'y faire entendre, sur le net, avec les règles du jeu tordues qui s'y imposent. Ben tant pis. Pô envie.
jeudi 20 mars
le monde selon Monsanto, bémol légitime

En guise de post-scriptum sur l'article consacré au film de Mme Robin diffusé sur Arte dernièrement, qui a visiblement remporté à juste titre un vif succès, je voudrais préciser, plus que je ne l'ai fait sans doute dans ledit article, les quelques réserves sur la forme employée par le documentaire pour servir des fins évidentes. Puisqu'il revient à un article de Libé d'avoir formulé les critiques que je gardais pour moi jusque là, il convient de vous inviter à aller le lire.
Mais tout cela n'enlève rien à la nécessité, malgré tout, de voir ou revoir ce film qui, comme Mondovino ou d'autres du même calibre, a au moins le mérite de parler de choses qu'on tait généralement tout en nous les imposant en douceur (sainte vaseline, priez pour nous).
jeudi 13 mars
Le monde selon Monsanto, ou comment notre planète et nos vies sont en train d'être achetées à notre insu
Mardi soir, Arte a diffusé le reportage Le monde selon Monsanto. Enervant parfois dans sa forme mais sidérant dans le système qu'il révèle, cette longue enquête met en lumière un enjeu crucial de nos vies. Outre le fait qu'il est scandaleux mais malheureusement significatif que ce travail n'aie été exposé que sur une chaîne aussi peu regardée qu'Arte, on déplorera qu'il n'a probablement été vu que par des gens sinon déjà convaincus du moins sensibilisés à tout ça.
Monsanto est la principale firme agrochimique au monde, un consortium basé aux Etats-Unis, qui a notamment vendu les hormones de croissance animales, le round up, et désormais l'énorme majorité des OGM imposés sur la planète. Le reportage ne montre qu'une chose, pas nouvelle de surcroît : la priorité unique du profit pour ce groupe (comme pour d'autres).
Cela se concrétise par plusieurs choses:
- les faits étayés dans l'enquête montrent qu'on ne peut jamais faire confiance à Monsanto : ils mentent, corrompent, contournent les législations, inventent de faux scientifiques pour discréditer leurs détracteurs, quand ils ne les font pas virer, mentent sur l'inocuité de leurs produits quand ils ne peuvent en faire la preuve, mentent sur les avantages de leurs produits, et pour cause :
- leur influence s'étend à toute la planète, tous les continents, toutes les formes d'alimentation ou d'agriculture, du coton à la tomate, de l'Inde au Paraguay (ou à la France), et se montre capable de rendre dépendant tout producteur mais aussi tout consommateur à leur production. Par le cercle infernal des investissements (et endettements) pour acheter des plantes protégées contre leurs propres produits, chacun se voit prisonnier d'un "abonnement définitif" à la firme, qui peut ensuite engranger des royalties.
- l'extension des OGM Monsanto est d'autant plus facilitée que la dissémination des gènes semble inéluctable: même le maïs "archaïque" c'est-à-dire "pur" ou "originel" du Mexique profond contient désormais des gènes brevetés par Monsanto. C'est bien le brevetage du vivant qui est d'ailleurs l'enjeu majeur. La firme peut désormais se targuer par exemple d'avoir des droits de propriété sur 80% de la production de maïs aux Etats-Unis. Et gare à qui ne s'acquitte pas de sa redevance. Cette firme, comme d'autres, est en train de privatiser la vie, en rendant incontournable ses produits brévetés et en laissant ces derniers contaminer, marginaliser les espèces "sauvages", non industrielles et donc "libres de droit".
- enfin, elle réussit à imposer partout des technologies qui, en plus de nuire à la biodiversité, sont loin d'être aussi précises et donc contrôlables qu'on le pense. On met sur le marché des produits génétiquement modifiés dont la part d'aléatoire est incroyablement plus grande qu'on ne veut l'avouer. Les bénéfices de ces produits étant discutables et leur dangerosité restant polémique, le seul intérêt de leur diffusion universelle est l'emprise économique imparable qu'elle permet.
Qui peut se prétendre gagnant à court, moyen ou long terme de ce fonctionnement?
Un nouvel esclavage est en marche. Il a déjà conquis beaucoup de terrain. Arrêtons de traiter les faucheurs volontaires comme des voyous archaïques et faisons, comme eux (ou différemment, mais efficacement et urgemment) oeuvre de citoyenneté universelle en s'opposant frontalement non aux OGM, mais bien plus largement au système qu'ils servent et dont ils ne sont que l'arme plus récente et la plus effroyablement efficace.
PS : pour ceux qui auraient raté le reportage, il demeure visible pendant une semaine sur le site d'Arte, et peut être acheté en dvd sur le site marchand de la chaîne. Un livre portant le même nom est disponible en librairie.
lundi 21 janvier
Bretagne des seuils 001
mercredi 09 janvier
OGM : grève de la faim et autres actes citoyens dérisoires
Une grève de la faim pour protéger vos assiettes. Et pas que. Pour sauver le vivant, rien de moins. Et, soyons clairs, je ne considère pas cette initiative comme ridicule, même si les faits ont tendance à la présenter comme dérisoire, noyée qu'elle est dans le brouhaha médiatique que brasse avec génie notre formitastique et omniparlant président.
Pas de diatribe anti-OGM ici. Une autre fois, bientôt sans doute, histoire de prendre le temps d'exposer, de façon brève et synthétique, quels arguments impérieux on peut avoir face à ce que beaucoup aimeraient faire passer pour un progrès décisif de l'agriculture. Non, on va juste parler de ce qui se passe en ce moment.
Il y a quelques mois, rappelez-vous, il y a eu ce qu'on a appelé en toute modestie un "Grenelle de l'environnement". Comme souvent depuis, on a vu fleurir au cours du processus des propositions courageuses sur des dossiers sensibles, sans qu'on sache s'il s'agissait d'effets d'annonce destinés à ne jamais donner lieu à des actes concrets ou si la démarche irait jusqu'au bout. Concernant les OGM, on a même eu un ministre, M. Borloo, qui s'est fendu de déclarations aussi surprenantes que lucides (comme quoi...), laissant entendre qu'enfin, étant donné l'impossibilité à empêcher la dissémination de ces cultures et la contamination des espèces "naturelles", un principe de précaution impératif amènerait à suspendre pour de vrai les cultures de maïs transgénique en France. Le bon sens allait-il enfin prévaloir face aux arguments huilés des bonimenteurs vendeurs de malvie que sont les semenciers OGM comme Monsanto? Bien entendu, ça aurait été un peu trop simple.
Depuis, on en est resté à la promesse d'une "clause de sauvegarde" en attendant une loi sur les OGM. Cette clause est restée lettre morte et, bien entendu, les cultures OGM pendant ce temps, continuent. A titre d'exemple édifiant, une parcelle secrète a été découverte il y a peu de temps près de chez moi, et il s'avère qu'il s'agissait d'une variété illégale de maïs transgénique. On voit bien dans quel sens penche le rapport de forces, n'en déplaise à ceux qui ne voient dans l'action médiatisée et réprimée des faucheurs volontaires qu'un combat d'extrémistes et d'arrière-garde. L'urgence est là, face à la réalité quotidienne des avancées des pro-OGM. Cette clause de sauvegarde consiste en l'interdiction par un pays européen d'une culture OGM autorisée ailleurs dans l'Union.
A quoi rime cette grève de la faim, alors que le processus semble enclenché? A maintenir la pression et obliger les gouvernants à tenir leurs engagements, en leur prenant la main qui tient le stylo pour siger cette clause salutaire, s'il le faut. En matière de politique, notamment écologique, on est en droit d'être prudent, pour ne pas dire soupçonneux quand à la réalité des mesures annoncées.
Hier, M. Borloo annonçait le retrait du texte de loi du les OGM qui devait etre discuté au Sénat le 15 janvier, sous la pression notamment des grévistes de la faim comme J. Bové. "La démagogie l'emporte sur la démocratie" a commenté Jean Bizet, député UMP et rapporteur sur ce projet au Sénat (il ne manque pas de culot, mais c'est une question de pratique politique, je pense). On s'achemine donc vers la mise en place, dans les jours qui viennent, de cette clause de sauvegarde salutaire. Bien sûr, il s'agira d'interdire la culture et non l'importation des maïs OGM, mais c'est déjà une avancée, notamment en termes de dissémination dans la nature. Le combat continue, mais on est visiblement dans des moments décisifs.
Si vous êtes sensible à ces enjeux (et vous devriez l'être, quel que soit votre avis là-dessus), pensez à signer la pétition réclamant le droit et la liberté de produire et consommer sans OGM.
Pour vous documenter brièvement là-dessus, quelques liens:
Un article de L'Express assez bien fait et synthétique, et puis un texte bref du Post sur la décision qui vient d'être prise par le ministre.
Enfin, sur tous ces sujets liés à la qualité de vie, l'alimentation et les enjeux écologiques et citoyens de l'agriculture, ne comptez pas sur le site de la FNSEA, toujours en pointe pour promouvoir l'agrobusiness comme seul modèle de progrès. Allez plutôt sur celui de la confédération paysanne.
Enfin, un article édifiant (j'aime bien dire ça) pour ceux qui en veulent plus.
vendredi 21 septembre
La mairie, pas forcément un temple républicain
On faisait état ce matin dans la presse de l'initiative du conseil municipal de Sannat, petit village par ailleurs sans histoire. Par vote, ledit conseil a décidé de refuser l'accrochage en mairie du portrait de l'actuel président de la République, Nicolas Sarkozy. Quoi que l'on pense de la pertinence de ce refus, ce choix éclaire au moins un fait important : cet accrochage n'est nullement une obligation légale.
Que d'autres se saisissent de ce rappel ou non, on peut quand même poser la question : appartient-il aux maires d'afficher ostensiblement leur adhésion ou leur défiance par rapport à un président élu au suffrage universel? Que l'on place un buste de Marianne ou non, ça on s'en fout, c'est un symbole et une icone parmi d'autres dans la tradition et le folklore républicain. La République, en revanche, peut-elle s'accomoder de dissemblances locales ou bien est-elle une et indivisible, faisant corps dans le respect des institutions et du vote de ses concitoyens, ou bien chaque municipalité est-elle une petite république babanière qui peut à loisir accrocher le portrait de tel ou telle personne?
Je me dis juste que la République, vécue par beaucoup (et, quelque part, tant mieux) comme quelque chose de sacré, voit ici un acte iconoclaste sans grande portée, qui ne demande sans doute d'ailleurs pas à être rapporté dans la presse nationale. Pas de "temple" républicain, pas non plus de surenchère partisane dans un endroit qui devrait être un endroit de débat mais aussi de cohésion.
samedi 17 mars
Joyeuse St Patrick !
Pour ceux qui ne font ça qu'une fois par an, et les autres qui comme moi remettent ça plus souvent qu'à leur tour, allez y et profitez : noyez vous sous des torrents de Guinness, mettez vous des jigs et des reels plein les oreilles, parlez fort, tapez dans le dos des voisins même et surtout si vous ne les connaissez pas, et finissez dehors, à pas d'heure, histoire de. L'évangélisation de l'Irlande nous aura au moins amené le 17 mars, sainte beuverie et sacrée braillarderie, à la bonne franquette. Faudrait voir à pas se géner, non plus.
PS : l'iconographie était pour cette année gracieusement offerte par les chaussettes de mon papa.
mercredi 21 février
le miroir aux fées - le Val sans Retour, forêt de Brocéliande
Un jour important et chouette.
















