la tanière du hérisson

Bretagne, début du XXIe siècle. Un hérisson arpente l'existence, en musique et en souriant (quand c'est possible)... Il finira écrasé, comme les autres, mais il fait comme s'il ne le savait pas.

dimanche 21 septembre

James Crumley est mort

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Et merde.

     James Crumley est mort. Et c'est un grand qui part. Un auteur de polars ? Non, Monsieur : un écrivain. Un grand, assez grand pour que son écriture ne la ramène pas, pas le genre de la maison, mec, tout en vous en imposant d'emblée,. Une écriture limpide, directe et sans ambages, sons trash complaisant, sans maniérisme gras, une écriture généreuse,  pétrie d'une humanité indécrottable, d'une chaleur au plus profond de la déglingue et de la poisse. James Crumley est mort. Un type qui, parait-il, ressemblait à ses livres (à moins que ce ne soit l'inverse). Si c'est ça, on peut dire qu'il a vécu, le bonhomme.  Un mec qui sait ce que c'est que d'avoir des tripes, parce qu'il décrit bien combien ça fait mal quand on tape dedans.  Avant de claquer, à 69 ans, il a donné aux lecteurs une poignée de livres importants.
     Crumley n'est pas Bukowski, n'est pas Chandler, n'est pas Harrison. Il a tracé son parcours bien à lui, dans son Montana, jusqu'à y laisser suffisamment sa patte d'ours pour y faire école. Il connaîssait l'humanité suffisamment pour en retranscrire les élans respectables comme les bassesses, l'obstination comme l'incapacité à affronter certaines situations quand la vie, décidément, n'y met pas du sien. Avec compréhension pour les errances, les excès, le refuge dans la jouissance immédiate et l'amitié débonnaire, quand tout le reste n'a guère plus de sens, la plupart du temps. Avec toujours ce regard bienveillant, dur et impliqué, les pieds dedans, devant tout ce que l'existence, précaire, médiocre et rèche, peut avoir d'inaccompli. Crumley racontait des destins déglingués, rafistolés et qui tenaient la route en godillant de la patte, avec leur lot de trahisons, de blessures affectives et d'erreurs lourdes. Il ne parlait pas de l'essence atemporelle de la condition humaine, non ; il avait l'intelligence de placer ses personnages dans une géographie, un contexte social, revendicant sans doute cette imprégnation et ce qu'elle a de déterminant dans le parcours et l'identité des gens. Le bonhomme avait un vrai talent pour évoquer ce qui fait de nous des êtres sales mais respectables, parfois, pour peu qu'on s'en donne la peine. Il laisse un trou béant. Reconnu mais pas acclamé, il sera sans doute injustement laissé en bordure du panthéon des écrivians américains contemporains, mais il s'en foutait sans doute. Je n'en sais rien, à vrai dire. avait la trampe des plus grands. Putain James, tu manques déjà. Trop peu, trop peu de bouquins. Et tant dedans, déjà, ceci dit.
Ils sont tous bons, du terrible Un pour marquer la cadence aux tribulations de ses deux personnages emblématiques et qui lui ressembaient forcément un peu, Sughrue et Milo. Lisez Le dernier Baiser et Fausse piste. C'est avec eux que j'ai découvert Crumley, je n'en ai pas démordu depuis. Le Montana est encore plus rèche et enclavé depuis quelques jours. A la tienne, vieux Crumley. Merci.

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jeudi 01 mai

Nouvelles sous ecstasy, de F. Beigbeder

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    Il est rare de rencontrer un bouquin vraiment nul. Le plus souvent, l'ouvrage est soit médiocre, soit assez sympa, souvent humblement dispensable mais divertissant. Il est rarement très bon, rarement marquant et faisant oeuvre à part entière. On n'est pas obligé d'exiger une littérature formellement et foncièrement fantastique, accomplie, le secteur de l'édition étant devenu un domaine imprégné de consumérisme, on peut juste en attendre un bon moment, ce qui n'est pas beaucoup, tout de même, quand il s'agit de montrer quelque chose d'un peu correct à la personne qui va acheter votre machin. Être déçu arrive, les mauvais bouquins sont majoritaires, c'est assez normal, tout ça. Mais qu'un livre soit vraiment nul, c'est finalement assez rare. Le recueil de nouvelles de Frédéric Beigbeder a cette originalité, il faut le lui reconnaître. Il est (et ce n'est que mon humble avis) franchement nul.
    Disons le tout de suite, je n'avais aucun a priori négatif quand à un auteur diversement apprécié et qui fait son fond de commerce sur son manque d'unanimité, sur son côté politiquement incorrect et gentiment foutraque. Sinon, je n'aurai pas dépensé 3,22 euro au Super U du coin pour acheter son livre. Je n'avais rien lu d'autre de lui, j'étais curieux. Un peu sceptique quand au peu que je savais de l'auteur et de son "univers littéraire", mais décidé à aller voir ça de plus près pour se faire un avis. Disons-le aussi : je ne suis pas complètement dégoûté, je lirai peut-être 99 francs ou un autre de ses romans, histoire de me faire un avis définitif, un de ces jours. Mais ce livre là, oui, vraiment, je le trouve d'un in-intérêt presque total.

    Pas de surprise quand au contenu, aux thèmes abordés ou au style développé, c'est plutôt conforme à ce que j'en pensais. Une forme de dandisme moderne, fait de désenchantement, de provocation, de dérision tantôt dure tantôt molle, une nonchalance revendiquée. On y parle de people (un peu), on cite des marques ou des éléments socio-culturels qui parlent à Monsieur tout le monde ou aux trentenaires-bientôt-quadra, on raconte des trucs trash et amoraux avec facilité, on se sent baigné dans la branchitude parigote, on évoque une jeunesse dorée, une génération perdue, on parle de drogues, de cul, d'alcool, de cul, de doute et de solitude. Mais pour ne rien dire. Le style est souvent tellement léger que, de l'exercice de style à l'expérimentation ("l'easy reading"), finalement, on n'y trouve rien. Les nouvelles ne racontent pas grand chose (mais ça, c'est pas grave, c'est pas une obligation), le font sans profondeur, en flottant à la surface des choses d'une manière qui ne m'a pas du tout interpelé. Comme si, sachant qu'il ne serait jamais ni Bukowski, ni Easton Ellis, ni Houellebecq, Beigbeder touillait un peu de tout ça sans vraiment s'y essayer vraiment, en développant des ambiances, un ton, une couleur sans ensuite en faire quoi que ce soit. Sans s'engager pleinement. Et là, on est en droit de se sentir dupé.

    J'ai trouvé plein de bouquins ennuyeux, mal rédigés, prétentieux, à côté de la plaque, pétris d'influences mal digérées, ou bien regorgeant de poncifs du genre, bref ratés, mais au moins la plupart du temps on peut leur reconnaître le minimum syndicale en matière de littérature, à savoir une implication certaine dans ce qu'on fait. Et là, on a l'impression que l'auteur ne prend pas tout à fait ça au sérieux. Mais le présente quand même à un éditeur et le vend au lecteur. Qui l'a acheté (donc plébiscité) suffisamment pour que le recueil sorte en livre de poche, me direz-vous. Mais je m'en fous. Même à 3,22 euro, on ne donne pas à lire quelque chose dans lequel on ne croit pas un peu (c'est l'impression qui en ressort, pas forcément la vérité, mais je ne cherche pas la vérité en lisant un livre). Le dandisme implique forcément une part de complaisance. Le détachement cynique en tant que mode de vie prête le flanc à des dérives. Beigbeder présente l'image d'un type un peu détaché et humblement brouillon. mais il a malgré tout suffisamment d'estime pour ce qu'il produit pour ne pas avoir honte de le présenter au public. Avec ce recueil insipide bien que trash, ennuyeux bien que court, li a eu tort. Beigbeder est-il quelqu'un qui, pour ne pas sembler prétentieux, a renoncé à être ambitieux? Je ne sais pas. J'aimerais comprendre. Ce livre ne montre rien, ne contient rien, ni talent, ni médiocrité, ni personnalité, ni saveur. La nouvelle, il est vrai, est un exercice exigent (n'est pas Carver ou Poe qui veut). On verra avec les romans (et si je suis séduit, promis, je le dirai ici).

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lundi 02 juillet

Bonjour paresse

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    Reprendre les chroniques de livres par un mauvais bouquin est sans doute ma manière à moi de manifester un certain ras le bol face à une certaine catégorie d'auteurs, particulièrement florissante depuis une ou deux décennies (et probablement avant aussi, hein, il n'y a pas de raison), à savoir : les petits rigolos. Je m'explique.
    Bonjour paresse est censé être un essai, léger et irrévérencieux soit, mais un essai tout de même, sur le monde du travail et particulèrement sur celui de l'entreprise (pas la petite, celle de l'artisan du coin, la grosse, bureaucratique et dotée d'une incomparable "culture d'entreprise"). Par essai on entend généralement que le bouquin est le produit d'une réflexion et d'une étude un tant soit peu rigoureuse ou du moins argumentée qui va vous aider à envisager le sujet traité avec pertinence, recul et un minimum d'objectivité. Une telle ambition n'est d'ailleurs pas incompatible avec une liberté de ton pouvant inclure l'humour, même décapant. Le sous-titre de l'ouvrage est "de l'art et de la nécessité d'en faire le moins possible en entreprise". Impertinent, à rebrousse-poil, très probablement de gauche, le ton est donné d'emblée.
    Or, d'essai il n'y a pas, du moins c'est mon point de vue. D'abord séduit par ce petit ouvrage bien rédigé avec un style caustique, j'ai ensuite progressivement détaché mon attention des pignolades de l'auteur pour chercher, de plus en plus vainement, le fond, le propos, l'argumentaire. Et rien. Enfin, pas vraiment. Le propos, l'argumentaire, là où veut nous emmener l'auteur, on l'a dès les premières pages. Il est facile à résumer : l'entreprise est un monde ridicule qui se prend au sérieux, un géant prétentieux et empesé dans ses contradictions qui attend de vous que vous y croyiez ou fassiez comme si. Un monde aliénant qui vous écrasera à moins que, comme l'auteur (qui bosse ou bossait à EDF), vous ne sachiez la voir pour ce qu'elle est et tirer votre parti du système pour y survivre sans y laisser de plume, à savoir railler gaiement l'ensemble en en foutant le moins possible. Le reste illustre cet avis pour le moins galvaudé, ce désenchantement reconquis par les cadres se découvrant dupes de la culture d'entreprise.

    Tout le problèm est là : c'est malin, bien écrit, truffé de références culturelles à rebrousse poil ou décalées, bref c'est accrocheur et assez drôle. Sauf que rien ne vient dépasser, dans ce tableau de l'entreprise, les poncifs éculés du genre. Là où, dans un roman, Houellebecq pour ne citer que lui a en son temps réussi à évoquer précisément l'aliénation et le vertige du cadre moyen et de l'homme médiocre, dans un essai on ne trouve ici aucune analyse pertinente qui dépasse le cadre de la pignolade. Si certains passages sont très pertinents, on ne peut tout de même pas dire que, au regard des 150 pages de ce petit ouvrage, on ressorte édifié. Ou même convaincu. La proposition du livre est la suivante : puisque rien n'est épanouissant là dedans, faites semblant. Eh ben non.

    Et pourtant, j'ai tort de dire tout ça. Ben si, forcément; pensez : le livre s'est vendu à plus de 200 000 exemplaires, un vrai phénomène, qu'on vous dit. Il y a forcément quelque chose de fort là dedans, sinon ça ne se serait pas vendu comme des petits pains. Je dirais bien que des millions de téléspectateurs regardent des émissions immondes (ou s'abstiennent de trouver anormal qu'un JT de 20h soit présenté de l'Elysée), que la littérarure la plus médiocre n'est pas forcément celle qui se vend le moins, mais on s'en fout, on se tromperait de débat en entrant là-dedans.

    C'est juste carrément énervant de voir que l'on a affaire à un auteur qui fait le malin, armé d'une plume aisée et d'un esprit habitué à amuser la galerie avec talent ou du moins facilité et qu'il trouvera un auditoire tout prêt à consommer ce qu'il produit au kilomètre. Amélie Nothomb est de ces auteurs "maudits" par leur talent : elle écrit bien, quoi qu'il en soit. Du coup, même quand elle n'a rien à dire, elle l'écrit bien. Il n'empêche qu'elle a écrit de bons livres, de très bons livres et des livres médiocres. Qu'elle a une patte. Mais en littérature, il ne s'agit pas que de style. Et un essai n'est pas un roman, un pamphlet ou un sketch. La paresse prônée dans le titre de cet ouvrage, c'est avant tout une invitation au lecteur à se satisfaire, en guise de réflexion, de creuser des clichés avec le bonheur de gens qui sont déjà d'accord avant de commencer à débattre. C'est confortable et prédigéré, mais ça ne fait oeuvre en rien.

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vendredi 11 novembre

babylon babies, de M. G. Dantec

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    Il n'y a pas longtemps, je me suis fendu d'une critique sincère du dernier ouvrage de Houellebecq (ce qui m'a valu les honneurs de la page d'accueil de Canalblog, ce que je n'avais pas demandé, mais dans l'ensemble ça s'est bien passé). J'y disais, notamment, que l'auteur s'emparait de thématiques et de démarches propres à la science-fiction (ce qui est plutôt une bonne idée) pour en faire quelque chose d'assez moyen, de ce point de vue en tout cas. Dans un registre complètement différent, Maurice G. Dantec est un autre auteur pleinement transgenre.
  Il a démarré avec un polar en forme de road movie teinté de politique et de poésie, La sirène rouge, avant de s'embarquer dans un roman alliant anticipation technologique et sociale avec la thématique du serial killer, Les racines du mal. Le tout, ancré en france et en Europe, ce qui donne un cachet particulier à son oeuvre. Hormis sa tendance à ne pondre que des pavés de 500-700 pages, Dantec est surtout marqué par la confluence des genres. Dans babylon babies, paru en 1999, il donne son roman le plus abouti (bon j'avoue ne pas avoir lu les deux derniers, donc il faut relativiser ce que je dis...). Il brasse les enjeux géopolitiques, sociaux, métaphysiques, mystiques, technologiques, biologiques, le tout dans une grande virée déglinguée située dans un futur proche, en 2014.
  On y retrouve le personnage de Toorop, le mercenaire aussi poète qu'usé aux conflits proche-orientaux et ethniques. Mais plus grand chose à voir avec le jeune gars de La sirène rouge. 20 ans ont passé avec leur rouleau compresseur à illusions. Si dans le premier roman il était déjà amer et désabusé par les atrocités du conflit yougoslave et le cynisme de l'occident devant ce drame, là il est beaucoup plus loin. Mais Toorop n'est qu'une des pièces du puzzle. Mafieux sibériens, mercenaires transnationaux, drones de combat patrouillant dans les zones de ces conflits "périphériques", drogues neuronales, sectes millénaristes, jeune femme schizophrène promenant clandestinement dans son organisme une arme biologique inédite, gangs de motards rivaux armés de lance-roquettes, clonage humain ou d'animaux interdits, technopunks mystiques, ce grand bordel mondial qu'est devenu la planète est un champ d'expérience très ludique et cruel pour l'auteur. Il en ressort une fresque déglinguée et très cohérente, qui brasse tant de concepts tantôt scientifiques, tantôt philosophiques, qu'il est parfois difficile pour le néophyte de s'y retrouver, mais qui est pour le moins ambitieuse.
    Comme dans le Houellebecq. Sauf que là, on ne flirte pas tant avec la prétention qu'avec l'ambition d'une vraie vision cohérente et dynamique (même si la fin part vers quelques chose d'assez costaud...). Ici, ça tient la route. Ce qui m'a fait penser au dernier Houellebecq, c'est que là aussi, on parle de secte finançant l'immortalité par la voie du clonage, mais ce n'est qu'une des composantes de l'ensemble, et ça sert un but qui va plus loin que ça. Les deux démarches ne sont pas vraiment comparables, mais je ressors convaincu du Dantec, beaucoup moins du Houellebecq (décidément, qu'est-ce qu'il prend...).
    J'avais bien aimé Les racines du mal, mais Babylon babies c'est encore autre chose. Du coup, je ne vais pas tarder à m'enquiller Villa vortex, je pense. Voila un auteur qui fouille, qui déblaie, dans une lignée post-cyberpunk très cohérente, non exempte de défauts et pas toujours inédite, mais singulière, personnelle, intéressante.

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mercredi 28 septembre

La possibilité d'une île, de M. Houellebecq

    Je vais probablement finir la lecture du nouveau roman de Michel Houellebecq ce soir. Et je n'ai pas besoin de l'avoir terminé pour penser sans doute définitivement que c'est son plus mauvais ouvrage. Bon, entendons nous bien. Il n'y a pas beaucoup d'auteurs français qui sont aussi intéressants que lui, même dans son plus mauvais. Reste un brin d'amertume parce qu'on sent qu'on est passé à côté de quelque chose qui aurait pu être grand et qui, pour finir, dure plus que de raison, s'empêtre dans des recettes littéraires et des thématiques rebattues.

    J'aime bien Michel Houellebecq. C'est un écrivain majeur, qui marque à juste titre une rupture dans la littérature française. Punaise, j'ai même adapté deux de ses poèmes en chanson, c'est dire si ce qu'il écrit me parle, parfois. L'ambition et l'originalité de ses thématiques s'accompagnent d'une vraie plume, au service de son propos et c'est déjà bien plus que ce dont disposent la plupart de ses détracteurs, il me semble. Force est de constater qu'il a du talent, qu'on aime ou pas ce qu'il écrit : j'entends par là qu'on peut être en désaccord complet avec le discours ou la démarche de quelqu'un sans pour autant s'interdire de constater de vraies qualités à son travail.

    Je préviens tout de suite : je ne suis pas au fait des polémiques qui accompagnent la sortie de son nouveau roman. J'ai cru comprendre que ça y allait bon train, mais je regarde très peu la télé, lis peu les journaux et surtout, je considère à la fois que c'est sans doute en partie délibéré et que l'intérêt d'un livre est dans ce qu'il contient, point. Alors qu'on ne m'emmerde pas avec la personnalité de l'auteur, ses déclarations, tout le toutim, rien à foutre.

    Je ne raconterai pas l'histoire du bouquin, juste ce que je pense de l'ensemble. Pour résumer, je dirai qu'à force d'aborder des thématiques ambitieuses, on peut se prendre les pieds dans le tapis quand on place la barre très haut au moment où l'inspiration fait défaut. Il touille sa tambouille habituelle, le Michel : il se projette dans les enjeux de la condition humaine au travers de ce que laisse entrevoir la génétique, il aborde le sexe comme noeud central de l'existence, la médiocrité de l'individu moyen et la vacuité de son parcours, même lucide, même combatif.

   Entendons nous bien : ce bouquin a d'énormes qualités. J'ai beaucoup ri, j'ai été admiratif devant la pertinence de certaines analyses, la faconde de certaines expressions, l'efficacité de certaines phrases, l'audace de certains passages. Indubitablement, on a affaire à un auteur, qui a des choses à dire et qui est, par dessus le marché doté d'une plume pour servir son propos. Mais là, son propos ne me convainc pas. Il envisage le devenir de l'espèce humaine, c'est à dire à la fois son extinction et sa mutation. Très bien. Encore faut-il savoir le faire de façon pertinente. Par ailleurs, le sexe est omniprésent dans le livre, ce qui est normal puisque pour le narrateur c'est le seul moteur de l'existence humaine. Ce n'est pas mon point de vue et du coup, le sexe à toutes les sauces finit par me fatiguer, surtout qu'à force, il finit par être décrit ou analysé d'une façon qui n'est pas toujours à la hauteur. Ne pas adhérer à la vision de la vie qu'a le personnage principal ne devrait aps empêcher d'apprécier le livre, mais ici c'est vraiment génant, parce que ça motive tout le processus mis en branle par l'auteur. Et je trouve ça un peu court ( ce qui est toujours dommage, quand on parle de cul).
    Ah oui, je sais, je vois où est le vrai problème. On s'en doutait, maintenant on le sait : Michel Houellebecq est un auteur de science-fiction moyen. Il adore ce genre littéraire, notamment parce qu'il s'intéresse aux enjeux humains avec ambition, c'est à dire du recul et une grande ouvertire d'esprit quant à l'approche. Pour autant, dans ce registre, il n'est pas, comme il aimerait sans doute se considérer, le chaînon manquant entre SF et littérature contemporaine, connectant légitimement la sphère intime et la prospective historique. La sauce, tout bonnement, prend moyennement. Allez, ce sera peut-être pour la prochaine fois.

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mercredi 24 août

congé au vent

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    A flanc de coteau du village bivouaquent des champs fournis de mimosas. A l'époque de la cueillette, il arrive que, loin de leur endroit, on fasse la rencontre extrêment odorante d'une fille dont les bras se sont occupés durant la journée aux fragiles branches. Pareille à une lampe dont l'auréole de clatré serait de parfum, elle s'en va, le dos tourné au soleil couchant.
    Il serait sacrilège de lui adresser la parole.
  L'espadrille foulant l'herbe, cédez lui le pas du chemin. Peut-être aurez-vous la chance de distinguer sur ses lèvres la chimère de l'humidité de la Nuit?

   René Char
(extrait de Fureur et mystère)

 

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mercredi 17 août

Sept jours pour expier, de W.J. Williams

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    Avec W. Gibson (neuromancien), B. Sterling (Mozart en verres miroirs), G.A. Effinger (gravité à la manque) et quelques autres, Wamter Jon Williams est un auteur affilié à la naissance fulgurante du mouvement cyberpunk. Son roman Cablé est en effet un des meilleurs du genre. Pour autant, l'écrivain américain ne s'en est pas tenu à ce cadre spécifique, explorant d'autres registres narratifs.
    Sept jours pour expier, paru aux USA en 1991,  est un roman formidable, comme on en lit peu. Je pèse mes mots, je suis encore à savourer toutes les qualités que le bonhomme a injectées dans cette oeuvre. C'est très visiblement le travail de quelqu'un d'intelligent, d'humain, de sombre aussi. Impressionnant.
    Je vais reprendre, à peu de choses près, le 4e de couverture de son édition chez Folio SF, car elle n'est pas trop mal fichue. Une chose est sure : un lecteur qui achèterait le bouquin soit parce qu'il connait l'oeuvre cyberpunk de Williams, soit parce qu'il appartient à une collection de SF, ce lecteur là sera décontenancé (comme je l'ai été) par le début (et peut-être par la suite) du livre.
    "Perdue au fond du Nouveau Mexique, la petite ville minière d'Atocha se meurt doucement, oubliée à l'orée du XXIe siècle, à peine troublée par le Centre de recherches en physique quantique récemment installé à ses portes. (l'ambiance est celle du trou du cul de l'Amérique, ploucville, avec ses chasseurs d'élan, son climat et ses tempéraments rudes, sa communauté regroupée autour des éléments importants que sont la famille et la religion, dans une ville comportant 41 églises de confessions réformées différentes)
  Jusqu'au jour où cet univers provincial va se détraquer pour Loren Hawn, le chef de la police locale : fermeture de la mine de cuivre, troubles en ville, alerte au Laboratoire de technologie avancée.
  mais ce n'est rien à côté de cet homme qui vient mourir un soir dans ses bras, criblé de balles. Loren Hawn le connaît bien, comme il connaît tout le monde dans le pays : il est déjà mort dans un accident de voiture vingt ans plus tôt...
    A la fois technothriller et chronique du Sud profond à la Steinbeck, un roman où l'aventure individuelle témoigne d'un désarroi général : celui d'un monde encore lesté de passé face à un futur déjà en marche."
  Wow, ça c'est de l'accroche éditoriale. mais le roman vaut le détour. C'est vraiment très bien écrit. C'est apre, les personnages sont loin d'être manichéens, à commencer par Loren Hawn (à la fois flic intègre et brute soumise aux accomodements locaux, on se croirait dans du Ellroy). L'humanité qui se dégage des rapports entre les gens, dans ce qu'elle peut avoir de plus compliquée et de plus amèrement banale, rappelle des grands auteurs de romans noirs comme Crumley ou Hugo.
  L'intrigue a l'intelligence de se placer, au contraire d'autres romans de science-fiction, en plein décalage social, dans un contexte "archaïque" qui vit les bouleversements mondiaux par la périphérie. Les changements déjà amorcés à l'échelle planétaire, les conséquences de ce qui se fait ailleurs, tout cela finit par se sentir dans la vie des habitants de ce bled paumé, a priori isolé donc protégé de tout ça. Mais, entre l'évocation du contraste progrès scientifique/chronique du rural profond, se tisse une destinée individuelle des plus intéressantes, narrée avec brio. Les 500 pages environ de ce truc sont marquées par la qualité de la vision qui les préside. Impressionnant, mais je l'ai déjà dit.

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mardi 16 août

le cyberpunk

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    Walter Jon Williams, dont je parlerai dans un prochain post, est un auteur américain affilié à ce qu'on a appelé il y a une dizaine d'années le mouvement cyberpunk, c'est-à-dire un genre littéraire proche de la science-fiction, relevant de l'anticipation (c'est-à-dire se projetant dans un futur proche pour saisir l'évolution probable de notre monde actuel). Le cyberpunk, né au cours des années 1980, en tant que mouvement littéraire est un peu passé de mode (ou peu s'en faut), mais en tant que réalité effective il ne fait que commencer. Les auteurs qui ont constitué le socle de ce genre ont des styles, des approches et des obsessions différents, mais dans l'ensemble la vision du futur qu'ils évoquent a des points communs. On y voit notamment :
- une dilution des nouvelles technologies dans la banalité de l'humain : implants cybernétiques ou mémoriels, interface organique homme/machine, extensions biologiques diverses, drogues high-tech, nanotechnologies à tout-va, le tout avec les incidences sociales qui vont avec (tout le monde ne peut pas s'offrir ce genre de gadgets) ;
- une mondialisation des réseaux d'information avec comme interface une sous-réalité virtuelle, le cyberespace généralement appelé la matrice, au sein de laquelle des activistes comme les hackers déambulent et s'attaquent aux systèmes de défense des grandes entreprises ou bien militaires ;
- la disparition de la notion d'Etat au profit des multinationales. L'idée d'appartenance identitaire à une entreprise plutôt qu'à un pays, par les liens professionnels et le fait que ces multinationales aient des extensions dans tous les domaines de l'activité humaine, leurs propres forces de police, leurs propres législations primant sur les lois nationales, tout cela induit, dans une société mondialisée, une nouvelle forme de féodalité, par le biais d'un clientélisme absolu, système en dehors duquel il est très dur d'avoir une existence à part entière. C'est dans cette marge que des libertaires développent des réseaux et mènent des actions pour faire évoluer des systèmes sociaux alternatifs. D'où le terme de "cyberpunks".
- L'étouffement de l'individu au sein de ces structures mondialisées (donc anonymes) et de ces affiliations professionnelles conduit aussi à des extrêmismes individuels comme la généralisation du terrorisme, menace omniprésente, provenant de partout pour des motifs innombrables, de façon à la fois globalisée et sporadique.

    Si tout cela vous dit vaguement quelque chose, c'est parce qu'on y est déjà un peu, vous ne trouvez pas? C'est assez fou de voir comment le monde, malheureusement, se met à ressembler à une sinistre fable de science-fiction. Il se simplifie, pas forcément dans le bon sens, et il est évident que le fait que des gens l'aient prévu avec plus ou moins de sérieux n'empêche rien. Après ça, il y en aura toujours pour considérer la science-fiction comme un genre mineur (parce qu'elle ne se préoccupe pas que de littérature formelle). Le problème est le même que dans d'autres domaines : les acteurs de ces mouvements de grande ampleur ne sont du genre à lire ce genre d'ouvrages. Ils ont des choses plus "sérieuses" à faire. Grand bien leur fasse. Et tant pis pour les autres, qu'on rangera, avec un peu de bonne volonté, au registre des "dommages collatéraux".

PS: au cinéma, des films s'inspirent des thématiques ou de l'esthétique cyberpunk. Avant Matrix (qui s'en rapproche surtout dans le premier opus du nom, le reste dérivant dans le n'importe quoi), il y a eu notamment Johny Mnemonic et le plus réussi Strange Days. En premier lieu, il y avait eu, surtout, le magnifique Blade Runner.
PS2 : Pour ceux qui voudraient en savoir davantage, il y a par exemple la possibilité de consulter l'article que consacre au mouvement cyberpunk l'encyclopédie gratuite Wikipédia, et pourquoi pas cet intéressant papier intitulé "le cyberpunk, contre culture des anées 90?"

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jeudi 21 juillet

coulez mes larmes, dit le policier, de Ph. K. Dick

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    J'ai adoré ce bouquin. Bon, d'accord, je ne crois pas avoir lu un bouquin de Philip K. Dick que je n'aie pas aimé au moins beaucoup. Mais quand même. Celui là est assez pas mal.
  J'aurais pu parler du Maître du Haut Château, d'Ubik, d'A rebrousse-temps et autres bouquins terribles du maître (pas seulement en SF, d'ailleurs, allez lire L'homme dont toutes les dens étaient exactement semblables, édité chez Joelle Losfeld, c'est génial), mais bon, c'est le dernier que j'ai lu dont j'ai envie de parler maintenant.
    Pour les gens qui ne connaîtraient pas le monsieur, c'est nu écrivain américain mort au cours des années 1980, qu'on a un peu vite catalogué (encore aujourd'hui) comme auteur de Science-Fiction (en tant que genre folklorique, vous savez, avec des histoires sur el futur et tout et tout), alors que ses thèmes, son écriture, ses écrits dépassent largement ce genre, comme tous les grands auteurs de SF d'ailleurs (genre Asimov, Lem, ou même Orson Scott Card). Il a été beaucoup adapté au ciné dans des films qui ont marqué, genre Blade Runner, et plus récemment Paycheck ou Minority Report. Ses personnages sont souvent des gens en crise, ce ne sont des héros sans faille ni des anti-héros, ce sont des gens entre les deux, à qui tout ne réussit pas forcément et qui sont confrontés au doute ou à la remise en cause, quel que soit le contexte du roman ou de la nouvelle. Cela, bien sur, a beaucoup à voir avec la personnalité tourmentée de l'auteur. Un vrai auteur, ceci étant dit.
    Dans "Coulez, mes larmes, dit le policier" (quel titre de roman, déjà!), on a affaire à une histoire très trouble où l'on ne sait jamais où se situe vraiment la réalité, ni à quel moment on va la retrouver. Le personnage central du livre évolue dans une société à néo fasciste, où la police semble avoir tous les droits et où, pour ne pas etre envoyé en camp de travail, il vaut mieux prouver qu'on est un cotoyen patenté disposant de tous ses papiers en ordre. Or, justement, notre personnage, une star de la chanson vedette depuis des décennies d'un show télévisé hebdomadaire, adulé par des millions de personnes, va se retrouver face à une situation abyssale. Suite à un événement assez mystérieux, dans des conditions troubles, il va se retrouver dans une société où plus personne ne le connait. Il n'a pas de papiers, les gens ne le connaissent plus (du quidam dans la rue qui lui aurait demandé un autographe la veille à sa petite amie en passant par ses relations dans la show-biz) et surtout, les archives légales ne gardent aucune trace de son existence. Il n'existe pas, du point de vue d'une administration mondialisée qui garde tout. Craignant les contrôles de police et cherchant à comprendre ce qui s'est passé, notre pauvre gars aux abois va expérimenter la vie du paria absolu, lui qui vivait loin de toutes ces considérations en tant que membre d'une élite. Il a, pour s'en sortir, une ressource peu ordinaire. C'est un six (mais qu'est-ce qu'un six? ah ahhhhhhhh).
    L'intrigue de base (où l'on retrouve des traits communs avec le roman Le Pouvoir dont j'avais parlé précédemment) n'est, comme souvent chez Dick, qu'un des éléments du livre, tant les personnages, leurs comportements et leurs interactions sont passionnants. J'ai adoré ce livre, souvent déroutant, toujours original. A vous de vous faire un avis, si le coeur vous en dit.

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dimanche 15 mai

un sexe sans goût

    C'est un bien cruel constat que je vais proférer en cette fin de week end, mais c'est comme ça et pas autrement. Voila. Je lisais il y a peu un message censément torride sur un blog anodin. Une scène qui se voulait très sexe, très chaude, bref qu'on sentait volontiers destinée a mettre en rut le pauvre lecteur consentant. Et c'était franchement nul. Plat et ennuyeux, on aurait dit du Sade (c'est dire). Mais bon, on pouvait se dire (c'est d'ailleurs ce que j'ai fait) que le gars n'était pas censé être un écrivain à part entière. C'est vrai, ça remet les choses en perspective. Il faut bien le reconnaître, la prose qui se veut littéraire sur les blogs est le plus souvent pire que les autres, c'est-à-dire complètement nulle et insipide. Mais à la réflexion, j'ai réalisé que, tout compte fait, je ne voyais aucun auteur patenté dont je me souvienne d'avoir lu un texte vraiment excitant. Je parle d'une excitation sexuelle, bien sûr. Bah oui.
    Je ne dis pas ça pour jouer les mecs détachés. Rien à foutre de ce genre de posture. Bon sang, c'est assez affligeant comme pensée, mais je ne crois pas avoir jamais lu une scène de cul vraiment bandante dans tous les romans que j'ai pu m'enfourner jusqu'à présent.
    Il y a eu des choses qui s'en approchent, mais ce n'est pas tout à fait ça. Lire Baise moi de V. Despentes ou lire du Ellroy, ça relève d'eaux troubles qui ne sont pas vraiment excitantes. On flirte avec le côté obscur de sa propre psyché, ça relève de choses fascinantes, effrayantes, dérangeantes, peu dites, mais, sauf à se reconnaître des attirances pour des pratiques malsaines (j'entends par là, des pratiques relevant de la prédation), on n'y est pas.
    J'ai lu du Crumley, du Houellebecq, des trucs comme ça, empreints d'une humanité cabossée, mais là encore on en fait que dépasser ou contourner le charnel pour finalement atteindre, sous des angles différents, à une certaine notion de tendresse amoureuse déniaisée. Et ça n'est pas ça non plus.
    Bref, quel que soit le talent avéré de l'auteur, les scènes de cul, quand il s'y frotte, sont rarement convaincantes. Ou alors par des biais autres que l'excitation purement sexuelle. C'est dommage, je trouve.
    Et je ne parle pas de toutes les accablantes scènes raccoleuses dont nous gratifient certain(e)s, catalogue de clichés éculés que d'aucuns relègueraient aux pages de magazines de cul bas du bulbe. Qui reproduisent des schémas sexuels davantage pittoresques et fadasses qu'épicés et affolants. Alors voila, punaise, je me demande si ça existe finalement. Je ne me passionne pas pour ça mais c'est étrange de constater que le pouvoir d'évocation de la littérature s'accomode mal de la sexualité en mode frontal et cru. Comme si c'était plus un écueil qu'une facilité.
    Pourtant le cul fait vendre (et j'espère bien avoir plein de visites sur mon blog après avoir consacré un message à la luxure, même littéraire! Allez Google fais ton boulot), mais peut-être la littérature doit-elle en ce cas précis repasser en mode primaire et ne pas aller se chercher des ambitions contre-productives... Je ne sais pas !
    La seule exception qui puisse éventuellement démentir mon amer constat porte le nom de Bukowski qui, loin de n'être qu'un provocateur, n'avait pas son pareil pour torcher des raccourcis imparables pour évoquer la déglingue, sexuelle y compris. Je m'en vais en relire un peu, tiens ...

Posté par herisson sauvage à 22:47 - bouquins - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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