la tanière du hérisson

Bretagne, début du XXIe siècle. Un hérisson arpente l'existence, en musique et en souriant (quand c'est possible)... Il finira écrasé, comme les autres, mais il fait comme s'il ne le savait pas.

jeudi 01 mai

Nouvelles sous ecstasy, de F. Beigbeder

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    Il est rare de rencontrer un bouquin vraiment nul. Le plus souvent, l'ouvrage est soit médiocre, soit assez sympa, souvent humblement dispensable mais divertissant. Il est rarement très bon, rarement marquant et faisant oeuvre à part entière. On n'est pas obligé d'exiger une littérature formellement et foncièrement fantastique, accomplie, le secteur de l'édition étant devenu un domaine imprégné de consumérisme, on peut juste en attendre un bon moment, ce qui n'est pas beaucoup, tout de même, quand il s'agit de montrer quelque chose d'un peu correct à la personne qui va acheter votre machin. Être déçu arrive, les mauvais bouquins sont majoritaires, c'est assez normal, tout ça. Mais qu'un livre soit vraiment nul, c'est finalement assez rare. Le recueil de nouvelles de Frédéric Beigbeder a cette originalité, il faut le lui reconnaître. Il est (et ce n'est que mon humble avis) franchement nul.
    Disons le tout de suite, je n'avais aucun a priori négatif quand à un auteur diversement apprécié et qui fait son fond de commerce sur son manque d'unanimité, sur son côté politiquement incorrect et gentiment foutraque. Sinon, je n'aurai pas dépensé 3,22 euro au Super U du coin pour acheter son livre. Je n'avais rien lu d'autre de lui, j'étais curieux. Un peu sceptique quand au peu que je savais de l'auteur et de son "univers littéraire", mais décidé à aller voir ça de plus près pour se faire un avis. Disons-le aussi : je ne suis pas complètement dégoûté, je lirai peut-être 99 francs ou un autre de ses romans, histoire de me faire un avis définitif, un de ces jours. Mais ce livre là, oui, vraiment, je le trouve d'un in-intérêt presque total.

    Pas de surprise quand au contenu, aux thèmes abordés ou au style développé, c'est plutôt conforme à ce que j'en pensais. Une forme de dandisme moderne, fait de désenchantement, de provocation, de dérision tantôt dure tantôt molle, une nonchalance revendiquée. On y parle de people (un peu), on cite des marques ou des éléments socio-culturels qui parlent à Monsieur tout le monde ou aux trentenaires-bientôt-quadra, on raconte des trucs trash et amoraux avec facilité, on se sent baigné dans la branchitude parigote, on évoque une jeunesse dorée, une génération perdue, on parle de drogues, de cul, d'alcool, de cul, de doute et de solitude. Mais pour ne rien dire. Le style est souvent tellement léger que, de l'exercice de style à l'expérimentation ("l'easy reading"), finalement, on n'y trouve rien. Les nouvelles ne racontent pas grand chose (mais ça, c'est pas grave, c'est pas une obligation), le font sans profondeur, en flottant à la surface des choses d'une manière qui ne m'a pas du tout interpelé. Comme si, sachant qu'il ne serait jamais ni Bukowski, ni Easton Ellis, ni Houellebecq, Beigbeder touillait un peu de tout ça sans vraiment s'y essayer vraiment, en développant des ambiances, un ton, une couleur sans ensuite en faire quoi que ce soit. Sans s'engager pleinement. Et là, on est en droit de se sentir dupé.

    J'ai trouvé plein de bouquins ennuyeux, mal rédigés, prétentieux, à côté de la plaque, pétris d'influences mal digérées, ou bien regorgeant de poncifs du genre, bref ratés, mais au moins la plupart du temps on peut leur reconnaître le minimum syndicale en matière de littérature, à savoir une implication certaine dans ce qu'on fait. Et là, on a l'impression que l'auteur ne prend pas tout à fait ça au sérieux. Mais le présente quand même à un éditeur et le vend au lecteur. Qui l'a acheté (donc plébiscité) suffisamment pour que le recueil sorte en livre de poche, me direz-vous. Mais je m'en fous. Même à 3,22 euro, on ne donne pas à lire quelque chose dans lequel on ne croit pas un peu (c'est l'impression qui en ressort, pas forcément la vérité, mais je ne cherche pas la vérité en lisant un livre). Le dandisme implique forcément une part de complaisance. Le détachement cynique en tant que mode de vie prête le flanc à des dérives. Beigbeder présente l'image d'un type un peu détaché et humblement brouillon. mais il a malgré tout suffisamment d'estime pour ce qu'il produit pour ne pas avoir honte de le présenter au public. Avec ce recueil insipide bien que trash, ennuyeux bien que court, li a eu tort. Beigbeder est-il quelqu'un qui, pour ne pas sembler prétentieux, a renoncé à être ambitieux? Je ne sais pas. J'aimerais comprendre. Ce livre ne montre rien, ne contient rien, ni talent, ni médiocrité, ni personnalité, ni saveur. La nouvelle, il est vrai, est un exercice exigent (n'est pas Carver ou Poe qui veut). On verra avec les romans (et si je suis séduit, promis, je le dirai ici).

Posté par herisson sauvage à 14:01 - bouquins - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

bengg zici il est question d'un herisson alors heingg bongg http://www.youtube.com/watch?v=EOepheinkCM

Posté par alalueurd1bidulo, samedi 02 août à 10:58

Je n'ai pas lu celui-là, mais le commentaire peut s'appliquer en copier-coller à tous ses autres bouquins. Mais ce n'est pas bien grave, dans 50 ans qui donc se souviendra de son nom ?

Posté par Charlotte, mardi 12 août à 08:09

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