mercredi 28 septembre
La possibilité d'une île, de M. Houellebecq
Je vais probablement finir la lecture du nouveau roman de Michel Houellebecq ce soir. Et je n'ai pas besoin de l'avoir terminé pour penser sans doute définitivement que c'est son plus mauvais ouvrage. Bon, entendons nous bien. Il n'y a pas beaucoup d'auteurs français qui sont aussi intéressants que lui, même dans son plus mauvais. Reste un brin d'amertume parce qu'on sent qu'on est passé à côté de quelque chose qui aurait pu être grand et qui, pour finir, dure plus que de raison, s'empêtre dans des recettes littéraires et des thématiques rebattues.
J'aime bien Michel Houellebecq. C'est un écrivain majeur, qui marque à juste titre une rupture dans la littérature française. Punaise, j'ai même adapté deux de ses poèmes en chanson, c'est dire si ce qu'il écrit me parle, parfois. L'ambition et l'originalité de ses thématiques s'accompagnent d'une vraie plume, au service de son propos et c'est déjà bien plus que ce dont disposent la plupart de ses détracteurs, il me semble. Force est de constater qu'il a du talent, qu'on aime ou pas ce qu'il écrit : j'entends par là qu'on peut être en désaccord complet avec le discours ou la démarche de quelqu'un sans pour autant s'interdire de constater de vraies qualités à son travail.
Je préviens tout de suite : je ne suis pas au fait des polémiques qui accompagnent la sortie de son nouveau roman. J'ai cru comprendre que ça y allait bon train, mais je regarde très peu la télé, lis peu les journaux et surtout, je considère à la fois que c'est sans doute en partie délibéré et que l'intérêt d'un livre est dans ce qu'il contient, point. Alors qu'on ne m'emmerde pas avec la personnalité de l'auteur, ses déclarations, tout le toutim, rien à foutre.
Je ne raconterai pas l'histoire du bouquin, juste ce que je pense de l'ensemble. Pour résumer, je dirai qu'à force d'aborder des thématiques ambitieuses, on peut se prendre les pieds dans le tapis quand on place la barre très haut au moment où l'inspiration fait défaut. Il touille sa tambouille habituelle, le Michel : il se projette dans les enjeux de la condition humaine au travers de ce que laisse entrevoir la génétique, il aborde le sexe comme noeud central de l'existence, la médiocrité de l'individu moyen et la vacuité de son parcours, même lucide, même combatif.
Entendons nous bien : ce
bouquin a d'énormes qualités. J'ai beaucoup ri, j'ai été admiratif
devant la pertinence de certaines analyses, la faconde de certaines
expressions, l'efficacité de certaines phrases, l'audace de certains
passages. Indubitablement, on a affaire à un auteur, qui a des choses à
dire et qui est, par dessus le marché doté d'une plume pour servir son
propos. Mais là, son propos ne me convainc pas. Il envisage le devenir
de l'espèce humaine, c'est à dire à la fois son extinction et sa
mutation. Très bien. Encore faut-il savoir le faire de façon
pertinente. Par ailleurs, le sexe est omniprésent dans le livre, ce qui
est normal puisque pour le narrateur c'est le seul moteur de
l'existence humaine. Ce n'est pas mon point de vue et du coup, le sexe
à toutes les sauces finit par me fatiguer, surtout qu'à force, il finit
par être décrit ou analysé d'une façon qui n'est pas toujours à la
hauteur. Ne pas adhérer à la vision de la vie qu'a le personnage
principal ne devrait aps empêcher d'apprécier le livre, mais ici c'est
vraiment génant, parce que ça motive tout le processus mis en branle
par l'auteur. Et je trouve ça un peu court ( ce qui est toujours
dommage, quand on parle de cul).
Ah oui, je sais, je
vois où est le vrai problème. On s'en doutait, maintenant on le sait :
Michel Houellebecq est un auteur de science-fiction moyen. Il adore ce
genre littéraire, notamment parce qu'il s'intéresse aux enjeux humains
avec ambition, c'est à dire du recul et une grande ouvertire d'esprit
quant à l'approche. Pour autant, dans ce registre, il n'est pas, comme
il aimerait sans doute se considérer, le chaînon manquant entre SF et
littérature contemporaine, connectant légitimement la sphère intime et
la prospective historique. La sauce, tout bonnement, prend moyennement.
Allez, ce sera peut-être pour la prochaine fois.